Chalie Hebdo 2015
Essai-
"Charlie Hebdo : La liberté chevillée aux corps"
Essai publié dans "Nahda Mas" suite au colloque "Charlie-Charles Nodier" en 2015.

C’est l’ethnologue Mirna Velcic-Cunivez qui l’écrit dans « Vers une anthropologie de la guerre » : « L’exemple de la guerre en Slovénie, puis en Croatie et en Bosnie-Herzégovine exhibe d’une manière spectaculaire le fonctionnement de notre mémoire. Il montre qu’elle est courte, sélective ou partiale, mais avant tout qu’elle est falsifiable. On voit tout le monde se souvenir sans cesse du passé, moins pour le revivre que pour oublier la manière dont on en parlait auparavant. » Dès lors comment se rappeler l’horreur de l’attentat qui a ensanglanté le siège de Charlie Hebdo au 10 de la rue Nicolas-Appert, le 17 janvier 2015, et comment en perpétuer l’intelligence pour les jeunes générations et les temps à venir ? En organisant un colloque sur le mode universitaire, ont répondu les lycéens de Charles-Nodier de Dole, dans le Jura, et leurs encadrements. Avec le recul, que devra-t-on on en penser et n’est-on pas passé à côté du vrai problème ?
Janvier 2015, un contexte dramatique
Dans le sillage d’Al Qaeda, les organisations terroristes de l’État dit Islamique et de Daesh entament leur offensive militaire et médiatique. Têtes tranchées en Mondiovision, destruction de sites archéologiques, terreur propagée sur le world wide web, propagande par les actes dans le domaine de la sémantique (guerre du lexique et des concepts) et de la sémiotique (guerre des images), menace d’une guerre totale et civile façon cinquième colonne, les tenants de l’islamisme politique et du djihad mettent la pression sur ce qu’ils appellent l’Occident, reprenant ainsi le concept de "choc des civilisations" forgé par le faucon états-unien Sam Huntington. L’opinion publique européenne et français est sommée de répondre à la provocation sous la férule de l’extrême droite nationaliste et xénophobe, des néo-réactionnaires et même d’une partie de la droite dite « républicaine » et des social-démocrates devenus "sociaux libéraux", par exemple l’ex ministre de l’Intérieur devenu premier ministre, Manuel Vals.
Le moment est propice pour la propagande djihadiste...
L’attentat commis par Mohamed Merah à Toulouse est dans les mémoires. Les regards se tournent vers les banlieues. On est en plein débat sur le port du voile, la burqa, la nourriture halal, et plus subtilement sur la prétendue incapacité ontologique de l’islam à se laïciser. Mieux pour les va-t-en-guerre au nom des valeurs supposées de l’islam, un journal danois a publié des dessins satiriques représentant le Prophète (ndlr : pour « le » prophète, comme si Mahomet, le prophète révélé des musulmans, n’avait pas été précédé par Abraham, Jacob et Jésus, tous reconnus par l’islam officiel et traditionnel, puisque cités dans la Coran). L’hebdo « Charlie » ne recule pas devant les menaces et ne fuit pas ses responsabilité, solidaire, il reproduit les dessins en questions et il en assumée l’héritage, comme c’est son habitude. Conséquence immédiate, le numéro titré « Charia Hebdo », jeu de mots somme toute bénin, est suivi d’un incendie criminel qui force les journalistes à déménager temporairement. La situation est tendue et fait les gros titres. Dans les milieux de droite et d’extrême droite, on parle de « cinquième colonne » islamique, d’ennemi de l’intérieur (l’expression est connotée) et de cheval de Troie national. Rien de nouveau dans l’hexagone où le front réactionnaire et le front progressiste s’affrontent depuis l’Affaire Dreyfus. A une exception près. « L’Assiette au beurre », « L’Enragé », « Siné-Massacre », « Hara Kiri » et le premier « Charlie Hebdo » parlaient aux Français, nation républicaine fondée sur les principes de la laïcité et de la libre expression, pays où n’importe quel citoyen peut imprimer et éditer un journal pourvu qu’il se soumette au dépôt légal. Pas d’imprimatur préalable, juste l’obligation de ne pas enfreindre les limites prévues à la liberté d’expression : pas d’incitation à l’émeute, au crime, à la ségrégation raciale, interdiction de diffamer ou de diffuser des documents secrets mettant la patrie en danger...
La satire, un sport à haut risque
Cela étant, créer un journal satirique, participer à sa rédaction, assumer sa ligne éditoriale n’est pas une sinécure. Il suffit de s’informer sur l’histoire de "Hara Kiri" et de "Charlie Hebdo", apparut à partir du début des années 60, pour comprendre que leurs ennemis n’y sont pas allés de mainmorte. Il y a tout d’abord eu les bagarres entre colporteurs (les premiers numéros d’Hara-Kiri étaient vendus à la criée et on était en pleine guerre d’Algérie). Les menaces, les intimidations et les premiers procès. Déjà pauvres comme Job, les acharnés du 4, de la rue Choron (ndla : ma grand-mère habitait au 6 où elle était concierge et où je passais des après-midis entières à lire "Bibi-Fricotin" et "les Pieds-Nickelés") eurent à faire face à on ne sait combien de procès (une cinquantaine pour Cabu en dix ans, rien que pour injures à l’armée !). Censure par la menace et par le fric, interdictions d’affichage (journal dangereux pour la jeunesse), castagne et bousculade au siège, rien n’y a fait. Le site "cpratik.wix" l’exprime à merveille » : castagne et bousculade au siège, rien n’y a fait. Le site cpratik.wix l’exprime à merveille : « Cette liberté totale de ton, les thèmes abordés, les expressions « brut de décoffrage », l’égalité de traitement pour les différentes catégories (les vieux, les nègres, la mort, les politiques, les juifs, le sport, les handicapés, le pouvoir, les chasseurs, les militaires, les curés, les fachos, la maladie etc.) part d’une volonté d’éclairer les esprits même si parfois certains aspects révélaient une réelle incompréhension pour ne pas dire un certain rejet chez certains lecteurs. »
— Pas que des dessins et des mots, donc, des risques pris par les personnes et par leur corps. Une prise de risque et là encore citons cpratik.wix : « Cette aventure est donc d’abord une histoire d’hommes, incroyablement troublés par leurs contemporains, extrêmement marqués déjà par leurs expériences, ne se reconnaissant pas dans les modes, les idées, la pensée véhiculée à l’époque dans les médias et la presse et qui ne cesseront d’éclairer et de sensibiliser les consciences en tentant les expériences visuelles et créatives les plus audacieuses et les moins admises. »
Une histoire de Charlie sur les corps et dans les corps
L’ethnologue citée dans le chapeau en parle en détail. L’expérience de la guerre, le témoignage direct de l’horreur met l’observateur dans une situation inconfortable. Ce qui appartient à la guerre, à un bombardement, à un attentat est d’une telle immédiateté, d’une radicalisation si terrifiante – la survie ou le néant - que prendre du recul est déjà une déformation du réel. Il en va bien sûr de même pour les événements du 7 au 9 janvier 2015.
Prenons le témoignage de l’urgentiste Patrick Pelloux, collaborateur de Charlie et ami des pauvres victimes. Invité par I-télé, le malheureux suffoque, sanglote, va s’effondrer, son cœur est à deux doigts d’éclater au propre comme au figuré, il nous apprend que Wolinski, Cabu, Charb, Tignous... ont été fauchés par les armes de guerre des frères Kouachi alors qu’ils étaient en pleine conférence de rédaction... contre le racisme !
Ce qui l’étouffe, pour rester fidèle à notre angle d’attaque qui sera la mémoire des corps, ce sont les lambeaux de viande de ses amis collés au plafond et sur les parois, les ventres éviscérés, les poitrines explosées, l’odeur de la mort et de la merde... Qu’on nous pardonne cette intrusion dans le domaine de l’équarrissage, mais il est volontaire, rhétorique, didactique. Et à ceux qui nous le reprocheraient, posons la question : est-ce que le mot « carnage », qui rime avec massage et avec fromage, aurait rendu l’horreur qui s’est produite et qu’on vécue les pompiers, les secouristes et ce même Patrick Pelloux ? Pourrait-on prendre la mesure de l’horreur perpétrée par les déments qui ont voulu « Tuer Charlie » en se contentant d’un lexique châtié ? Or si nous avons opté pour cette description, vous vous doutez bien que ce n’est pas sadisme ou par amour du sensationnel ; c’est parce que les mémoires, une fois que le lapse du deuil s’est écoulé, ont tendance à se délayer dans le verbe et dans les polémiques, dans le prêchi-prêcha et dans la casuistique. Comme si la prise de recul pouvait être autre chose qu’une neutralisation du réel, qu’une mise à distance de l’horreur pour se rassurer.
Dans un autre domaine, celui du traitement inhumain des hommes par la post-modernité, l’expression « 0,73% de chômage de longue durée en moins en mars » donne-t-il une idée adéquat de la douleur, de l’angoisse, du désespoir des 2 000 personnes dont la vie bascule, qui ne vont plus pouvoir payer la cantine à leurs enfants, qui vont se faire virer de leur appartement, qui vont divorcer, le payer sur leur peau, se bourrer de cachet, devenir fou, se jeter d’un pont ou sortir un flingue à la main et liquider une dizaine de leurs voisins ? Si le chiffre, autrement dit les mesures et les ratiocinations statistique ne sont pas capable de décrire le phénomène humain du chômage, alors, oui, nous pensons que le colloque lycéens organisé à leur demande par leurs profs et leur proviseur a en partie manqué sa cible. Sans blesser personne, nous allons essayer d’expliquer pourquoi.
« Charlie valait bien un colloque lycéen » (Factuel.info)
Commençons par une description sommaire du programme de la journée. Le mercredi 27 mai 2015, en pleine période d’examens, les lycéens du lycée Charles Nodier de Dole, invite une patrouille d’intellectuels pour évoquer le drame qui les a tant marqués au moment de digérer la dinde de Noël et les agapes du Réveillon. Ayant constitué une commission, ils sont sur le pied de guerre dès potron-minet. Au programme de la matinée : des interventions magistrales données par le Sous-Préfet du Jura, un agrégé de philosophie, l’ancien doyen de la fac de Lettres de Besançon spécialiste de l’histoire romaine, des militants des Droits de l’Homme et les membres d’un Observatoire citoyen. L’après-midi, ces « allocutions » cède la place à des rencontres par groupes dans le prolongement des interventions du matin, et à un atelier pur et dur sur « Charlie et la caricature » conduit par Mario Morisi, « écrivain, poète, journaliste », alias votre serviteur.
Juge et parti, forcément de mauvaise foi, me voilà donc chargé d’évoquer « Charlie » et la question de la caricature en France. Pour ma part, si l’on m’avait demandé mon avis, j’aurais intitulé ces trois heures passées avec les têtes blondes (aucune tête très brune en vue) : « Droit au blasphème et corps mutilés ». Ce n’est en effet pas la solution d’un problème de philosophie ou une illustration du caractère universelle de la laïcité que Patrick Pelloux et les Pompiers découvrent dans les locaux de Charlie Hebdo, 10, rue Nicolas Appert. C’est une hécatombe, un holocauste partiel, en même temps qu’un défi à l’entendement. Une énigme qu’il faut apprendre à résoudre ensemble. Justement, simulons la situation. Mettons en place un atelier. Une simulation ponctuelle. Une mise en situation.
Le parti-pris de l’atelier « Charlie et la caricature »
L’idée, venue de ma pratique des ateliers d’écriture dans les collèges, les lycées, les universités, mais surtout en milieu carcéral ou avec des publics dits « différents » était la suivante. Ayant assisté (et même participé) à des bouclages avec le Pr. Choron, Vuillemin, Charlie Schlingo lorsque Le Square publiait le magazine pour enfants « Grodada », ayant passé quelques soirées avec eux et Willem, par exemple, je me suis dit qu’il serait intéressant de mettre les lycéens dans la situation de participer à une réunion de bouclage. En bref : cinq tables de quatre étudiants, quinze « unes » de Hara-Kiri, autant de « unes » de « Charlie Hebdo » et l’incitation à analyser, échanger et à en choisir une de chaque. D’abord en petit groupe. En rédigeant un billet expliquant ses motivations individuelles. Enfin en plénière en vue d’un vote. Avec « in extremis », un terrifiant viatique : « Jeunes gens, vous avez choisi une première et une quatrième de couve que toute la ville de Dole va découvrir. Or vos noms et vos adresses sont dans l’ours de notre journal. Vous risquez gros. Certains de vos concitoyens ne vont pas aimer du tout. Nous risquons le procès, des lettres de menaces, une correction au coin de la rue, et peut-être pire...Vous avez le choix. Vous assumez et vous votez un bon-à-tirer. Vous vous faites porter pâle. Ou vous démissionnez en invoquant la clause de conscience. »
Radicalité simulée d’un tel choix. Une certaine émotion. Et la sensation que ces émotions, comme l’indique l’étymologie du mot, avait fait bouger quelque chose à l’intérieur des corps : adrénaline, dopamine, sérotonine, allez savoir...
Les unes choisies après un vote serré sont : « Hara Kiri : numéro spécial Noël : La Saint-Vierge : Je me suis fait avorter ». Et une "une" de Charlie Hebdo avec le pape : « Dieu n’existe pas – « Le Fumier, je m’en doutais ! »
Bouclage, le simulacre lycéen du 27 mai 2015
Curieusement, ce n’est pas autour du droit de se moquer du Christ ou du pape que la conversation a tourné avant le vote, mais au sujet de deux « unes » beaucoup plus physiques et cruelles.
La première illustrant les révélations sur la torture en Algérie et montrant un Choron militaire en train de scier les phalanges d’une main prise dans un étau avec une égoïne, horreur titrée « L’Armée vous donne un métier » ;
La seconde, datée d’octobre 1976, illustrant le débat « Pour une peine de mort humaine : la tronçonneuse ! » Visuellement représentée par une tête grimaçante posée sur un panier pendant qu’une Husqvarna fait son office sanglant.
Dans les deux cas, la mise en scène et le gloubi-boulga « hémoglobine et confiture de fruits rouges » sautent aux yeux. Parti-pris écœurant qui ne surprend pas les lycéens de 2015, habitués à l’esthétique gore et trash sur le net. Ce qui les intrigue, en revanche, lorsqu’on leur fait découvrir le contexte de la torture pendant la guerre d’Algérie et d’une abolition de la peine de mort qui ne date que de 1981, c’est ce mélange de désuétude et d’actualité prolongée. Dommage qu’on soit pris par le temps, on aurait évoqué le Chevalier de la Barre, 15 ans, et de sa décapitation suite à une plaisanterie blasphématoire alcoolisée. Ou de Bruno T., l’adolescent condamné à mort gracié par Giscard D’Estaing en 1975, alors qu’il avait assassiné une vieille dame pour la voler.
Un retournement de l’horreur à partir du dessin, de l’interdiction du dessin à partir de l’horreur
L’hémoglobine et la mise en scène d’un massacre à la tronçonneuse pour « Hara Kiri » contre le vrai massacre et la vraie mort infligée à des dessinateurs par les frères Kouachi. Visuellement, cela donne à peu près la même chose : de la bidoche éventrée, toutes sortes de rouges, du réel et/ou du vivant désintégré, de la matière explosée et disséminée...
Avec un basculement du sens. Le grand guignol mis en scène par Choron et consorts est destiné à réveiller, à faire monter à la conscience les horreurs qui se commettent au nom des gens en secret (torture, guerres, peine de mort) dans le sens où les mots et les phrases ne suffiront jamais à rendre compte de la radicalité non négociable de la mort, de la maladie, de ce qu’on appelle Le Mal. — Intention totalement opposée chez les terroristes : il s’agit pour eux de semer la douleur, la mort pour de vrai, de sorte que la terreur paralyse les consciences de leur ennemi, à savoir tous les gens qui ne partagent pas leur totalitarisme. Prise de conscience du grand nombre par l’hyperbole intellectuelle et esthétique, par la provocation et la méchanceté symbolique chez les « Hara Kiri » ; atteinte au cœur des consciences par le meurtre via les médias globaux pour les monstres de tous les djihads et des fanatismes. Dans les deux cas, ce sont les nerfs, le cerveau reptilien et la peur de souffrir et de mourir qui sont la cible. Dans le cas des Choron, Cavanna, Siné, Gébé, Reiser... pour que les témoins passifs et les victimes potentielles se ressaisissent. Dans celui des Merah, Kouachi et de leurs compagnons, les vraies gens, leur vie et les libertés de leurs ennemis. Dans les deux cas, on se réfère, pour les tiers, à une atteinte terrifiante au corps, aux sens et à l’existence même. La mort n’est pas une marionnette noire menue d’une faux ou un force obscure venue de nulle part, mais son incarnation dans la peau d’un humain perverti qui charcute, déchire, éviscère, disloque, écartèle, arrache, mutile et finalement assassine en compissant sur ses victimes
Le poids du vécu dans la chair des pères fondateurs
Puisque l’on vient de les citer, revenons-en aux sources et voyons ce que les pères fondateurs de Hara Kiri/ Charlie Hebdo ont vécu en esprit et enduré dans leur chair avant de devenir des hérauts de l’humour satirique. Avec pour objectif de rappeler l’époque où ils ont grandi et de comprendre les circonstances de leur éveil culturel. Car si Tignous, une des victimes, est venu au monde en 1957. Charb en 1967 et Luz, un rescapé, en 1972, Siné, Choron, Wolinski, Cavanna sont nés dans les années 20 et 30 du XXe siècle, autrement dit entre les deux guerres. Pour y voir un peu plus clair, faisons un tour d’horizon des bios de Cavanna, de Choron, de Wolinski ou de Siné, les patriarches et les pionniers.
Question douleur, Georges Bernier dit Choron n’a pas été épargné. Orphelin de père à onze ans, il ne moisit pas à l’école, vit d’expédients et joue les paras pendant dix-huit mois en Indochine les paras. C’est en tant que colporteur et meneur de meute qu’il approche le monde de la presse et rencontre Cavanna et Fred, puis Topor, Reiser, Gébé, Wolinski puis Cabu.
Wolinski n’est guère plus gâté. Né d’une mère juive franco-italienne et d’un père juif polonais, il est élevé à Tunis par ses grands-parents, son père ayant été assassiné quand il avait deux ans...
Fred, un des fondateurs, raconte que sa mère, alors qu’elle fuyait la Grèce avec ses enfants, prit le train, s’arrêta plusieurs fois pour boire un verre avec des amis et de ce fait manqua son train qui explosa sur une mine... « Sans le sens de la fête de l’amitié de sa mère, lui et ses frères ne seraient plus là... »
Avec Siné, c’est pire. Élevé entre Barbès et Pigalle, son père est condamné aux travaux forcés. Il entre à l’école Estienne à 14 ans, étudie le jour et chante dans les cabarets la nuit. Devenu dessinateur, il fonde « Siné-Massacre » qui multiplie les procès. C’est Jacques Vergès, l’avocat du FLN, qui le défend. Il est anticolonialiste en pleine décolonisation, antisioniste, anticapitaliste, anticlérical à mort et radicalement anarchiste. Et méchant comme une teigne.
Cavanna (un de mes cousin de Bettola, dans la province de Piacenza), il grandit entre Luigi, papa Rital qui fait l’aller-retour entre ses chantiers et le bistrot et Marguerite, une maman casanière. Muni de son certificat d’Études, il échappe de peu à l’expulsion en Italie et se fait naturaliser. Pour échapper à la misère, il travaille dans le bâtiment, puis dans une entreprise de nettoyage, il est envoyé au STO en 1943. Se retrouve dans un bataillon disciplinaire dans le Nord de l’Allemagne, s’enfuit, est récupéré par l’Armée rouge, se retrouve par miracle en zone américaine. Il s’en sort petit à petit, entre petits boulots et chômage. Il devient dessinateur à la petite semaine, puis dessinateur de presse à plein temps. Il rencontre Bernier. « Hara-Kiri » est né.
La revanche des laissés-pour-compte, l’humanisme bête et méchant
Comme on peut le voir, cette brigade d’orphelins, de parachutistes par défi, d’expulsés, de transfuges et de migrants, en bref de mauvais Français balayés par la Grande Histoire, ne se sont pas en mal de Palmes académique et n’envisagent pas d’intégrer ce qu’on appelle entre notables le « Cercle de raison ». C’est par la rage, l’ironie, la soif de revanche, qu’ils veulent témoigner de la folie du monde et se dresser contre ceux qui à leurs yeux en sont les responsables : les nantis, les rentiers, les banquiers, les industriels, les fichistes, les bourgeois, les lâches et les opportunistes.
Et comme la litanie des horreurs est ineffable depuis 1870/1871, avec la Grande Guerre et ses dizaines de millions de paysans, d’employés, d’ouvriers morts et de gueules cassées ; celle de 39/45 avec la Shoah et Hiroshima ; ces enfants de la première moitié du XXe siècle n’acceptent pas qu’on envoie des jeunes gens innocents se faire massacrer à Phnom Penh ou dans les Aurès.
Car les jeunes gens qui nous lisent ne le savent pas, mais ce sont des gamins comme eux, qui ont laissé leur peau en Indochine ou en Algérie. Pour défendre des intérêts économiques et géopolitiques, pas pour leur patrie, pas pour vaincre la barbarie comme ce fut le cas des jeunesses résistantes des années 40. Des jeunes gens qu’on renvoyait à leur famille dans des sacs poubelles par avions entiers, en secret, comme ce fut le cas au Viêtnam pour les Etats-Uniens.
Encore une fois, rien de rhétoriques, pas de mise à distance ni de recul : c’était bel et bien de la viande hachée et morte, des mouches, la puanteur et une douleur infinie pour les parents. Avec pour corolaire l’intention de faire monter le niveau de la haine et de la violence. Pas étonnant, dans ces conditions, que nos enragés de « Zéro », de « Siné-Massacre » ou de « Hara Kiri » ne reculent devant rien et pourfendent l’horreur, l’injustice, la méchanceté et l’hypocrisie à grands coups de plumes et de pinceaux.
Une tradition vieille de plusieurs siècles
En cela, dans ce pays curieux qu’est la France, les Hara-Kiri ne font que prolonger une tradition féroce remontant au bas moyen-âge. Caricaturer vient de l’italien « caricare », charger, noircir le trait.
Cela vient aussi de la Commedia dell’Arte, cet art ambulant qui permettaient aux peuples italiques de se moquer des puissants, des lâches et des félons.
Arrivée en France, cette vague d’impertinence aboutit vite aux farces, à Molière et à Beaumarchais, ainsi qu’aux libelles et aux pamphlets. Des "mazarinades" à Voltaire et aux luttes épistolaires du Siècle des Lumières, il n’y a qu’un pas. Les dominés secouent les dominants et les traîne dans la boue et dans la « merdre ». Arrivent les caricatures de Daumier, les folliculaires incendiaires que personne n’arrive à censurer grâce au développement de l’imprimerie et à la libéralisation des Postes. Petit à petit naît une opinion publique qui arbitre les conflits et dont les politiques doivent tenir compte. Que ceux qui connaissent mal le sujet, consultent « Le Père Duschesne » de Jacques René Hébert, « 385 numéros de septembre 1790 à onze jours avant son exécution à la guillotine le 4 Germinal de l’An II ».
Au début du XXe siècle, la presse satirique et politique redouble de virulence et se déchaîne grâce aux anarchistes et à leurs ennemis jurés d’extrême droite. Fleuron du genre : « L’Assiette au Beurre ». Si l’on pose l’hypothèse que cette libération morale puise également sa source dans le dadaïsme et le surréalisme, deux réponses paradoxales aux guerres et à l’absurdité de la condition humaine, on comprend mieux les circonstances qui ont fait émerger les titres et les gens dont nous vous avons parlé. C’est au bout d’une chaîne d’horreurs en tout genre, qu’ont échoué « Hara Kiri » et « Charlie ». Contrairement à l’autre grand journal satirique, « Le Canard Enchaîné » plus politique politicienne, plus distingué, les pères et les enfants des éditions du Square, devenu "des Trois Portes", "Kalachnikov" ou "des Rotatives" sont nés les pieds dans le sang et le cul dans la mouise. C’est en tapant du pied dans ces poches de fiel, mais également en faisant « mourir de rire » le citoyen, qu’ils ont réveillé leur monde et, dans une certaine mesure, préparé le terrain au chamboule-tout de 1968, avec l’attirail de leurs transgressions : féministes, pro-pilule, anticolonialiste, antiraciste, anticapitaliste, anti-cons et anti-salauds. C’est au plexus que ces gens ont voulu frapper. D’un coup. De vrais crochets au foie, de satanés uppercuts. Car comme l’écrit François Cavanna : « Une « doctrine HaraKiri" se dessinait, non formulée mais parfaitement mise en action. Pour l’essentiel, on peut la résumer ainsi :
"Applaudir aux plus beaux exploits de la Bêtise et de la Méchanceté, en en rajoutant, en allant dans le même sens qu’elles mais plus loin qu’elles, le plus loin possible dans leur logique tordue, jusqu’à l’absurde, jusqu’à l’odieux, jusqu’au grandiose. […] Aller au fond des choses. Mépriser les tentations des petites rigolades secondaires. Taper là où ça fait le plus mal, taper comme un bœuf. »
Les morts de Charlie
Il n’est pas évident que l’on doive aborder ici les métamorphoses du journal et les avatars de l’esprit « bête et méchant ».
On sait que le Charlie des grands fondateurs (les énergumènes cités, plus Delfeil de Ton, Fournier, Reiser, Willem...) a dû déposer le bilan en 1982 pour ne pas avoir su se ressourcer sous Mitterrand, et n’avoir pas su séduire les jeunes lecteurs. (Pour ceux qui sont intéressés, télécharger le fameux Droit de Réponse de Polac sur « La disparition de Charlie Hebdo » - ina.fr ).
Une première renaissance a eu lieu en 1992 dans le sillage de la première Guerre du Golfe, via la « Grosse Bertha ». Hélas, dénaturé par le sinistre Val, de Font et Val, un activiste socio-libéral qui passera des cercles socialistes à ceux des amis de Sarkozy (qui le nommera directeur de France-Inter pour brouiller les cartes) « Charlie » explose une deuxième fois lorsque ledit Val profite d’un procès en antisémitisme fait à Siné par le journaliste Claude Askolovitch, pour le virer.
Conséquence immédiate, celui-ci fonde « Siné Hebdo » avec la majorité des grands anciens, puis « Siné Mensuel », un succès, puisque Siné remporte son procès et fait cracher 40 000 euros au « Charlie Hebdo » de Val.
La suite, vous la connaissez probablement ; dans le sillage de Charb, le cinquième directeur après Cavanna, Wolinski, Gébé et Val, « Charlie Hebdo » survit tant bien que mal, abandonné par la majorité de ses premiers lecteurs et débordé par le monde des médias qui se transforme.
Une affaire des caricatures danoises en 2006 et un « Charia Hebdo » plus tard, la pression est mise sur celui qui est un militant laïque radical et un anticlérical pur jus.
Sur ce arrive ce maudit 7 janvier. L’horreur, le deuil impossible, l’affrontement des propagandes, djihadiste contre démocrate, le sursaut républicain contre l’intolérance. Une escouade infâme de chefs d’États sur les Champs-Élysées (dont une dizaine ennemis jurés des caricatures et de la liberté d’expression), les manœuvres pitoyables de la rue de Solférino, la décision non moins crapoteuse de Marine Le Pen de se dissocier de la manif.
Puis le temps qui passe, qui estompe, qui éloigne le public de la douleur, de l’offense et des chairs meurtries. Jusqu’à la semaine dernière, la démission de Luz et un brulot d’Emmanuel Todd dont la thèse est que pas grand monde n’était vraiment « Charlie » dans les manifs du 7 au 11 janvier dernier.
Et maintenant, quelles perspectives ?
Fin mai 2015 : Quatre mois ont passé et « Charlie » est à nouveau à la une. De nouvelles menaces ? La décision d’attribuer des gardes du corps à tous ses employés ? Non, ce qui n’était pas prévu au programme, c’est que 30 millions d’euros se soient engouffrés dans les caisses de l’entreprise en provenance de l’Etat français, de lecteurs horrifiés et de bienfaiteurs solidaires du monde entier ; mais surtout des ventes du numéro dit « des survivants » ; d’une marée d’abonnements destinés à soutenir le journal, enfin de produits financiers...
Là survient le paradoxe. Lorsqu’un des Frères Kouachi s’exclame « Charlie on t’a tué ! », il ne se doute pas qu’il vient de le sauver de la faillite et de faire de lui un ultra richman ! Lui et son frère, totalement décervelés, ne se doutent pas non plus qu’ils plongeront l’ex-journal « bête et méchant » dans une zizanie financière interne qui est déjà endémique. En effet, le journal est en crise et à la limite du dépôt de bilan (30 000 ventes à peine dont 10 000 abonnés) et les principaux actionnaires (Cabu, 40% Charb 40%, et Eric Portheaux, 20%) font face à une contestation intérieure qui regrette leur mainmise sur le titre. Pourquoi ne pas socialiser le capital et faire de Charlie une coopérative en permettant aux rédacteurs d’y entrer ? Est-il normal qu’un trio se réserve les décisions importantes au détriment du collectif des employés du journal, menacés eux aussi, comme le prouve l’assassinat du correcteur d’origine kabyle Mustapha Ourad ? Et l’angoisse actuelle de tout le personnel ?
Paradoxe : quel capital social ?
A dire le vrai, l’affaire est complexe et ancienne. Charlie renaît de ses cendres en 1992, lorsque Cabu et Val, quitte « La Grosse Bertha », refonde l’hebdo de Choron et Cavanna et y investissent 85% du capital en compagnie de Gébé et de Renaud. La société s’appelle « Kalachnikov » (sinistre clin d’œil du destin), mais elle tombe dans les mains de Val et de Cabu qui en possèdent 50% chacun. Avec l’arrivée du très ambigu Val, le ton du journal change vite, il y a de plus en plus de texte et de prises de position politiques.
En 2006, éclate le scandale des caricatures danoises qui, sujettes à une fatwa, sont reproduites par Charlie, ce qui booste ses ventes et les font passer de 140 000 à 400 000 copies, manne qui profite aux Editions Rotatives, le nouveau nom de la SARL. Profitant de laubaine, la direction décide de se distribuer 968 000 euros de dividendes, moins les 85% de parts versés à Philippe Val et à Cabu (330 000 euros), à Bernard Maris (110 000 euros) et à Éric Portheault, le responsable financier, 55 000 euros.
Conséquence de l’affaire Siné que Val met à la porte au prétexte qu’il serait antisémite (le procès est gagné par l’inculpé) et de la création immédiate de « Siné Hebdo », les ventes de Charlie chutent, quelque 35 000 ex. pour Charlie et le double pour Siné-Hebdo. On assiste immédiatement à une nouvelle répartition du capital lorsque Val et Cabu sont contraints de vendre leurs actions lors d’une recapitalisation. Ce sont Charb (40%), le dessinateur Riss (40%) et l’administrateur Pontheault (20%) qui sont les nouveaux actionnaires.
On en est là lorsqu’une manne de 30 millions d’euros s’abat sur le journal martyrisé et que le nombre des abonnés grimpe à 200 000, une aubaine inattendue pour un journal anticapitaliste hostile à la marchandisation et assoiffé d’indépendance. Les dissensions sont dès lors très grandes entre l’équipe des rédacteurs, rassemblée autour de Patrick Pelloux et de Luz et les détenteurs légaux du capital. « Tout cet argent fait plus de mal que de bien. Cela fait penser à ces enterrements ou on se bat déjà en revenant du cimetière pour les bijoux de la grand-mère », lâche Malka, l’avocat du journal. A suivre. Avec inquiétude à notre avis, puisque les familles des défunts s’en mêlent... »
Sans Cabu, Wolinski, Tignous, Charb, Honoré, Maris, qui et quoi ?
Se pose surtout le problème du renouvellement des collaborateurs. Le vide est immense. Luz, survécu au drame avec une balle dans l’épaule et des mois de cauchemars, avoue s’être remis à grand-peine au travail pour le numéro des « survivants », qu’il préfère appeler « numéro des résistants » ou « numéro vert » (c’est lui qui a dessiné le Mahomet du pardon sur la une du numéro 1 178). « Il n’y avait plus personne pour dessiner, je ne pouvais pas trahir nos morts ». Pis, après trois mois cauchemardesques, il craque, nous révèle que chaque bouclage est pour lui une torture (six) et qu’il n’arrive plus à commenter l’actualité. Entre crises de fous rires hystériques et torrents de larmes, il parvient à se délivrer dans « Catharsis », un volume de confessions dessinées intimes et bouleversantes. Avant d’annoncer qu’il démissionne.
Quelles plumes pour reprendre le flambeau ?
Dans ces conditions, en dépit de l’obstination du très autoritaire Riss, on se demande bien sûr qui, comme Cabu lorsqu’il avait repéré Charb, Luz et la relève de 1992, va pouvoir dénicher des talents à la mesure du mouvement qui a transformé l’histoire de l’humour à la française...
Où aller chercher des rebelles blessés dans leur chair et dans leur corps comme Choron, Wolinski, Cavanna, Siné... ?
Comment ne pas glisser dans l’humour branché et bon ton, façon éditocrate ?
Comment éviter que s’infiltrent des carriéristes appâtés par le prestige du titre ?
Comment se protéger des réseaux sociaux, de la gratuité et du low-cost, de la concurrence de l’info-tainment chic façon « Petit Journal » ou de la gaudriole made in TNT ? Petit théâtre de Djamel compris.
Sans oublier les copies illégales téléchargées. Et dessus toute la globalisation, qui projette un scud satirique à usage gaulois républicain et le fait atterrir sur des territoires om règnent l’ignorance, la fanatisme et toutes sortes de tyrannie. Pas simple, on le comprend. Surtout si l’on considère que l’autocensure, ce flic intérieur, est communément admis et quasiment recommandé. Comment s’y prendre dès lors pour que la liberté d’expression et le droit au blasphème soient protégés ? Que deviendront la bêtise, la méchanceté et l’« irresponsabilité » de Charlie et des ses clones si elles sont soumises au rendement, au profit et pourquoi pas tributaire de son cours en bourse ?
Adresse à nos amis musulmans et envoi
L’absence de lycéens « non blancs » était criante lors du colloque de Nodier le 27 mai 2015. La petite centaine de bons élèves du comité Charlie méritaient le qualificatif de « têtes blondes » et de « crème des crèmes » et en aucun cas ne pouvaient être considérés comme un échantillon représentatif de leur classe d’âge (les élèves de tous les lycées dolois avaient été invités, mais l’invitation a été classée sans suite). Or s’il est un public qui aurait eu un mot à dire au sujet de la laïcité, de la citoyenneté, des ségrégations et de la liberté de conscience, c’est bien celui, jeune et bouillant, qu’on invoque négativement à tout bout de champ et qui se pose probablement des questions, en tant que musulmans et jeunes Français, sur le pourquoi et le comment des actes innommables de Merah, des frères Kouachi et des djihadistes vus en bourreau à la télé ?
Telle est la question : - Que pensent les nouveaux jeunes Français de ce qui s’est produit dans le 11e arrondissement de Paris ? Que valent leurs explications, leurs analyses, les justifications sincères ou embarrassées qu’ils aimeraient faire entendre ? Comment interprètent-ils le droit au blasphème, au crime de lèse-majesté et à la satire mordante en France ? Se réfugient-il derrière la « Chariah » (abstraction à géométrie variable, débattue par les théologiens musulmans), caressent-il le rêve d’un affaiblissement de cette laïcité qu’on leur a mal expliquée ? Ont-ils peur, finalement ? Cherchent-ils un moyen de participer au débat ?
Force est de le reconnaître. Au stade où nous en sommes, nous l’ignorons totalement. Or pour en revenir à mon parti-pris de la viande froide et des excréments chauds, peut-on imaginer qu’un nombre signifiant d’entre eux, confrontés aux chairs dévastées des victimes de la rue Appert, s’en seraient sortis sans se couvrir la tête de cendres ni vomir leurs tripes ? Devant les corps mutilés, les yeux arrachées, les ventres ouverts, puisque c’est l’axe que nous avons choisi pour ce survol différent de "Charlie", continueraient-il de se réfugier dans le silence, les zones grises ou les bénédictions convenues ?
Pour conclure
Ayant passé deux années et demie à enseigner, à découvrir la culture arabo-musulmane et à jouer au football dans le sud-est saharien, j’estime, d’après mon expérience, qu’une confrontation de fonds s’impose qui nous protégera les uns des autres, mais surtout nos concitoyens musulmans des théocrates déglingués et des djihadistes manipulés. En effet, ne l’oublions pas, le plus grand nombre de victimes d’Al Qaeda, de Daesh, de Boko Haram ou de l’Etat soi-disant islamique sont des musulmans !
Pour mieux me faire comprendre d’eux (j’espère qu’ils liront ces lignes en nombre) et de tous, il me revient la figure de « Geha », ce bonhomme en bonnet tantôt présenté comme un idiot, tantôt comme un philosophe. Cette figure emblématique de l’Arabie ordinaire, celle du désert, des bleds, des souks ou des quartiers, nous vient des légendes des « Mille et une Nuits », au même titre qu’Ali Baba, Shéhérazade ou Sindbad le Marin. Mythiques de l’Océan Atlantique au Machrek et plus avant, il y a des histoires de Geha pour toutes les circonstances et pour toutes les populations. Des comptines pour enfants, des paraboles sur la foi, des énigmes algébriques, des blagues à mourir de rire, des contes philosophiques et pas mal d’histoires grivoises, certaines impies et scélérates. Que se passera-il le jour où raconter les histoires de Geha sera interdit par les hommes en noir et passible de la décapitation ? Que se passera-t-il si Geha, cet ami des enfants, ce défenseur malicieux des opprimés rencontre les frères Kouachi ou des faux maîtres de l’islam...
Mon humble opinion est la suivante.
Lorsqu’on tue Charlie, on tue aussi Geha.
Et les excréments sanglants qui maculent le mur, c’est notre viande à tous, la bonté, la justice et le droit de rire de tout qu’on assassine.
Eh oui, messieurs, le Rire est une purification et une jouissance peu commune,
Mario Morisi
Mis à jour ( Mercredi, 28 Janvier 2026 17:57 )






































