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NEUVIÈME SÉANCE : "MARQUÉ PAR LA HAINE"...


LE MONDE FEROCE Et TROUBLE DU BOXING BUSINESS

"Marqué par la haine", de Robert Wise (1956), avec Paul Newman, Pier Angeli et Everett Sloane. Titre anglais "Someboy Up there likes me" (quelqu'un là-haut m'aime).

"Marqué par la haine" est le parangon des films de boxe, l'origine des Rocky de Sylvester Stallone (Babello pour Bilboa et des comédiens aux limites de la copie conforme du film original), n'a rien d'un film de mafia mais il en dit long sur l'algorithme du rêve américain exalté par le journaliste écrivain Horatio Alger : un homme tout au bas de l'échelle, résistant et survivant par sauvagerie qui compense un départ bancal dans la vie, passe par un enfer et se rachète par défi et pour les beaux yeuux d'une femme avec le soutien d'un aîné, dans ce cas un manager de boxe (on pense à "Rocky" mais également à "Ten Million Dollars Baby" de Clint Eastwood et à bien d'autres films "inspirés de faits réels."

Dans le cadre de notre Movie Tour, le plus intéressant tient aux très légères allusions esquissées à la présence mafieuse qui se manifeste par l'intermédiaire d'un compagnon de détention du héros qui tentera de le forcer à truquer un combat contre la coquette somme de 100 000 dollars, chantage mis en scène en présence de deux patibulaires en costume croisé et Borsalino.

La grille du film de Roert Wise est classique : sur le modèle répertorié pr Elizabeth George, la best-seller du thriller US : L'Ascension du héros, une version gagnante du Chemin de Croix du Sauveur. Rocky Balbella, qui se fait appeler Graziano ("Comme la marque de chianti" ? lui fait son mentor juif en luii promettant qu'il sera l'Italien le plus connu du monde "après Michel Ange et Frank Sinatra."

En guise d'ascension vers la gloire, le fils d'un quartier de Little Italy se fait corriger par son père, un boxeur raté ; devient une racaille des rues ; finit en maison de correction, puis en prison, il s'engage dans l'armée, déserte et vit d'expédients plutôt violents.

Contrairement aux petits "Macarons", juifs et irlandais qui seront repérés par un mafieux de quartier comme les Noodle et Max de Sergio Leone, Paul Newman-Graziano est un anar, l'autorité et les bonnes mœurs l'insupportent, il est l'Indien-Contraire de "Little Big Man". Au point de refuser d'améliorer sa technique, de craindre le charme de sa future épouse, de braver les règles des Fédérations de boxe et de filer prendre une glace chez son pote new-yorkais Benny, la veille de son premier championnat du monde. Pas de place pour une telle tête brûlée dans la Cosa Nostra.

Ce qui est plus troublant, en filigrane, c'est que "Marqué par la haine" sort cinq ans après les auditions de la Commission Kefauver sur la Mafia, un "reality show très réel" que des dizaines de millions d'Américains ont suivi en direct, mais surtout après le scandale Primo Carnera, dit le Doux Géant, que la Mafia a poursuivi de ses assiduités, mettant en évidence les innombrables matchs de boxe truqués, source de profit pour les parieurs à tous les niveaux.

En quoi ce film mérite-t-i de faire partie de notre "trip" ?

Parce qu'il nous transporte dans l'environnement urbain et mental qui a favorisé le succès du crime organisé dans les quartiers dit "ethniques". Rocky est violent, dévasté et dévastateur, pris entre l'amour inconditionnel de sa mère et la frustration alcoolisé de son père, mais il est surtout pauvre. Il dit ne pas aimer la boxe, il combat pour l'argent, ne vut pas faire carrière. Pris en main par la figure paternelle de son manager, il s'en sort grâce à une jolie juive, ce qui met en évidence l'osmose qu'il y a pu y avoir dans les quartiers à risque entre les émigrations italienne, yddish mais également irlandaise ; pour s'en convaincre il suffit de mentionner les affiches de boxe et les titres de journaux choisis par Robert Wise et son équipe (c'est un marqueur de ce genre, les gangsters, les policiers, les détectives, les journalistes, les écrivains sont d'origines mélangées comme Jimmy Conway dans "Les Affranchis" ou Ray Liotta dans "The Valachi Paper".

Que dire de plus à partir de "Marqué par la Haine" ? Que le code Hayes contraignant la morale et les bonnes moeurs finissent par l'emporter contre le mythe de la criminalité triomphante.

A noter que Rocky Graziano a vraiment existé et que le script de son autographie et la réalité historique – sont fidèlement retracés, Paul Newman ayant remplacé James Dean dans le rôle-titre après le décès accidentel de ce dernier. Un Paul Newman formidable et crédible, dans un film noir de boxe qui fera d'innombrables petits (A noter la première apparition de Steve McQueen, dans un rôle pour le moins éphémère).

Cela dit, quittons la salle d'art et d'essai du Lower East Side, 10e rue, Avenue A, et gardons en tête le cadre de l'action avec le Pont de Manhattan en toile de fond comme dans "Il était une fois" de Leone, les "tenements" de brique où grouillent les pauvres, les policiers irlandais qui courent le petit délinquant et surtout la fierté des Italo-Américains de Little Italy lorsque "Rocky", le gosse du quartier, triomphe au nez et à la barbe des supporters de Tony Zale, un blanc bien blanc en provenance de Pologne... Tout cela au bénéfice des familles italo-siciliennes qui se servent de la popularité de Rudolph Valentino, du ténor Caruso, du boxeur Primo Carnera, d'un autre Rocky, Rocky Marciano, et bien entendu de Franck Sinatra et de Di Maggio, la star du baseball qui épousera Marilyn Monroe. "Italia is beautiful" en somme, et la Mafia ne se prive pas de le rappeler aux États-uniens "sans Histoire".

Synopsis

Rocky Barbella grandit à New York à la fin des années 1930, au sein d'une bande de petits délinquants. Déserteur de l'armée américaine, il intègre la salle d'un manager de boxe. Repris par les autorités, il est incarcéré dans une prison militaire. Cette forte tête est prise en main par un sergent qui lui fait comprendre qu'il a de l'or dans les poings et qu'il devrait utiliser sa force et son courage pour devenir un vrai boxeur.

17 avril 1957 en salle | 1h 52min | Drame

De Robert Wise - Par Ernest Lehman

Avec Sal Mineo, Eileen Heckart, Paul Newman

Titre original Somebody up There Likes Me

Quittons à présent les rings et ses odeurs de vieilles sueurs, et prenons place au coeur de Broadway entre chapeaux mous, gloss et jambes interminables...



Mis à jour ( Lundi, 06 Avril 2026 08:32 )