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DEUXIÈME PROJECTION


Vous êtes tous là, bien, quittons le quartier et prenons la direction de la North Street 1st, vous voyez la Plymouth rose stationnée au carrefour de Driggs, c'est la voiture de Tim Tombs, un des héros de "Soldata Sana", j'ai les clés, le Majestic 20's est à cinq minutes au pas, affutez vos feutres, activez vos Smartphones, peu de gens de votre génération connaissent le film qui nous attend.

"Little Caesar" (Le Petit César) – 1930.

Film de Mervyn LeRoy · 1 h 19 min · 28 août 1931 (France)

Genres : GangsterDrame

Pays d'origine : États-Unis

Synopsis :

L'ascension fulgurante de Rico Bandello, un petit mafieux devenu l'un des plus gros bonnets de la pègre l

Une quarantaine d'années avant le tournage du "Lucky Luciano" de Francesco Rosi sortait "Little Ceasar", un des tout premiers films de gangsters faisant allusion à la criminalité organisée italienne au temps de la Prohibition (1920-1933).

Il faut savoir que plusieurs vagues d'Italiens avaient accosté sur la côte Est des États-Unis. La première, celle qui débarque au milieu de XIXe siècle, est constituée d'artisans, de tailleurs, de musiciens et d'architectes. Avec le développement de la marine à vapeur, ce sont les envoyés des gros producteurs d'agrumes et d'artichauts du sud de l'Italie qui débarquent sur la côte Est ; ils investissent les ports et les quartiers adjacents et entretiennent des liens permanents avec la mère patrie, se mesurant à la concurrence anglaise, allemande, hollandaise, irlandaise.

Avec la première mondialisation, une crise économique sans précédent frappe la paysannerie européenne, elle encourage des centaines de milliers de chômeurs à émigrer aux États-Unis, en Argentine, au Brésil ou en Australie.

Ce sont près de 4,5 d'italiens qui finissent par s'installer à New York, Boston, Philadelphie, Chicago et dans les autres grandes villes de la côte est. Au point que les Européens du Sud sont considérés comme des envahisseurs mettant en péril les valeurs fondatrices des Protestants "blancs" anglo-saxons et celles des immigrants qui les ont précédés, Irlandais ou Afroaméricains à peine émancipés par la victoire des Nordistes sur les Confédérés esclavagistes.

C'est dans les quartiers insalubres des Five Points, à la pointe de Manhattan que la plupart des "Italiens" s'installent dans des conditions d'hygiène épouvantable comme en témoigne les reportages du journaliste photographe d'origine danoise, Jacob Rijs, dans un ouvrage demeuré célèbre : "La façon dont l'autre moitié vit", source d'un imaginaire qui nourrira pas mal de films au même titre que le "The Gangs of New York" de Herbert Asbury (1928). Dans ce dernier, adapté au cinéma par Scorsese, la part belle est faite aux très-hauts-de-forme des brigands anglo-saxons, même si un certain Paul Kelly, né Vaccarelli, tire ses marrons du feu, l'emportant sur son rival Monk Eastman et jetant les bases de l'American Mafia dans le quartier des Five Points où des bataillons de Napolitains, de Siciliens, de Calabrais et toutes sortes de miséreux ayant fui la crise économique ont commencé de se tasser.

C'est à ce moment-là de l'histoire de New York qu'une guerre des gangs impitoyables s'empare de la Grosse Pomme, faisant des règlements de compte et des cadavres à la une des journaux une sorte de "spectacle national" que la presse à scandale nourrit, favorisée par les progrès de la photographie et par le passage du cinéma muet au cinéma parlant.

La guerre des gangs dont on parle dans les années 20 a pour cause un renouvellement de la garde. Ceux que les gangsters italiens nés en Amérique et leurs camarades judéo-américains appelaient les "Moustache Petes", autrement dit "les vieux moustachus", sont des criminels fidèles au modèle de la famille mafieuse de leur région d'origine (borgata, cosca, famiglia). Porte-drapeau de la tradition, Joe the Boss Masseria, dit le Glouton, est un chef de guerre relativement primitif qui accueille Lucky Luciano et ses copains, des jeunes prometteurs, et conspire pour devenir "le capo de tous les capi", le chef de tous les chefs.

Face à lui se dresse Salvatore Maranzao, un ancien séminariste parlant le latin et le grec venu comme Masseria d'un port voisin du Détroit de Messine, Castellamare del Golfo en Sicile.

"Little Ceasar", un film en noir et blanc de Merwyn Leroy, sort en 1931. Il n'est pas le premier film de gangster et James Cagney, petite frappe charismatique, est le maître d'un genre qui naît à peine. Dans "Little Caesar", c'est un Edward G. Robinson soutenu par le grand Douglas Fairbanks qui s'y colle et – c'est le point qui nous intéresse – interprète le rôle d’un ambitieux frénétique, Rico "Massara", qui ressemble comme deux gouttes d'eau à Alphonse Capone, la star des criminels qui a quitté Brooklyn pour devenir le maître de Chicago.

Le fim a mal vieilli mais il ne manque pas de charme. Il est le premier à mettre en scène le banditisme urbain italo-Américains et à suggérer que les criminels venus de Sicile sont d'une autre nature que les gangsters anglais, irlandais ou allemands qui les ont précédés, car ils s'inscrivent dans une hiérarchie, en réfèrent à un organigramme et ont des plans de carrière comme l’illustre la manière dont Rico supplante son boss, le remplace, liquide ceux qui se mettent au travers de sa route, mais doit faire allégeance au Big Boss, un amateur d'art d'une rare élégance qui lui propose de « devenir quelqu'un » à condition qu'il fasse ce qu'ont li dit.

Ironie de la mise en scène, le frère de Rico, un danseur mondain qui a refusé de le suivre pour les beaux yeux d'une femme, plastronne sur une affiche en compagnie de sa compagne, alors que son frère agonise sur un tas de planche, mitraillé par trois flics aux sales gueules assurant le triomphe de la morale comme la loi Hayes sur le happy-end l'imposait alors

Il y a un autre motif au choix de "Little Caesar" à ce stade de notre movie-trip au pays de la Mafia. En 1970, un professeur de droit de l'université de Cornell, dans l'État de New York, Robert G. Blakey, conçoit une loi qui va permettre de démasquer les Boss des 5 Familles qui manipulent une armée de porte-flingues et de trafiquants. L'idée est d'autoriser des écoutes téléphoniques ciblées et de transformer en crime fédéral le fait d'être mentionné dans plusieurs enquêtes sur des crimes fédéraux en cours. Dispositif à peine légal que le Congrès et Nixon introduisent dans une loi sur le crime organisé et les activités anti-américaines, et ce malgré l'opposition des Démocrates, du FBI et de nombreux constitutionnalistes. Ajouté à un dispositif de protection des témoins qui osent défier l'omertà de rigueur et à la saisie des biens des parrains incriminés, cette arme légale change la donne et asséne un coup terrible à ce qu'on finira par appeler "La Cosa Nostra" en Amérique. Cerise sur le gâteau, Blakey et ses proches collaborateurs baptisent cette arme législative fatale le "Racketter Influenced and Corrupt Organisation" ou RICO ACT, un acronyme clin d'œil au "Petit César" de Leroy qui fait une mauvaise fin pendant que son Boss, l'élégant criminel, se pavane sur Madison et Park et à Broadway. Un indice de plus confirmant la porosité entre l'univers du crime, la culture populaire et bien entendu le Cinéma."

C'est une bonne idée, nous allons prendre un en-cas et un verre à deux pas de ce qui fut un haut lieu du crime organisé, le Fulton Steak Hoiuse. Puis nous prendrons le temps de remonter Driggs jusqu'au numéro..., endroit où les collègues ripoux de Serpico lui tendirent un guet-apens le laissant à demi-mort en 1960. Je sais, c'était il y a longtemps mais ça fait drôle. Cela dit, il est temps de nous glisser dans le King's Cinema Theater de Lee Street...

 



Mis à jour ( Lundi, 06 Avril 2026 08:32 )