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QUATRIÈME SEANCE – C'ERA UNA VOLTA IN AMERICA

"Once upon a time in América" est communément classé dans la liste des meilleurs "films de mafia" alors que ses protagonistes ne sont pas italo-siciliens et que le film culte de Sergio Leone, maître du cinéma dit spaghetti, est tiré d'un roman noir d'inspiration autobiographique écrit en 1952 par un ancien gangster juif de New York nommé Harry Grey (de son vrai nom Hershel Golberge) sous le titre de The Hoods (ndla : les hommes de main).

Sergio Leone, qui a lutté pendant 12 ans pour accoucher d'un film qui a suscité de nombreues polémiques avant de passer dans la catégorie chef-d’œuvre, est clair dans ses intentions. C'est dans un voisinage juif de Brooklyn que débute ce qu'il appellera "une fable", à l'ombre d'une des extrémités du pont de Manhattan, dans un décor fortement inspiré par les gravures de Réginald Marsh, les toiles de Hopper et par l'iconographie produite au début du XXe siècle quand il s'agissait de représenter les quartiers surpeuplés du New York d'alors.

Logiement, la bande des gamins des rues qui se forme autour du héros, "Noodle", interprétée par Robert De Niro, et de son alter-égo Max (James Woods) est formé de gosses intégrés à la marge d'un monde de juifs orthodoxes, de vitrines ornées d'étoiles de David. et de shtreimel et de phylactères qui volent au vent.

De la part d'un réalisateur italien d'Italie, alors que, dix ans plus tôt, le Parrain 1 et 2 a initié un sous-genre policier faisant la part belle aux familles mafieuses de New York et de la côte Est, on devine la volonté de ne pas enfermer sa fresque dans un folklore ethnique particulier. Il le déclarera dans la fameuse conférence de presse donnée au lendemain de la première à Cannes en 1984, en réponse à l'attaque d'un journaliste qui lui reproche d'aborder le genre bien après Francis Ford Coppolla ; "Coppolla est parti d'une chronique de faits-divers et en a fait un magnifique spectacle, répond-til. J'ai fait exactement le contraire ; je propose une fable, une histoire sur l'amitié virile, la trahison, avec beaucoup de petites vérités."

Absente de son film, le crime organisé italien ? A première vue seulement, car comme dans "Little Caesar" ou dans "Beau James", elle apparaît en contrepoint avec les noms et les prénoms italiens du générique ; Robert De Niro (l'icône avec Al Pacino) ; Joe Pesci, Danny Aiello et une série de seconds rôles aux faciès burinés, par exemple celui qui figure un avatar parfait de Joe The Boss Masseria, un des parrains de la première génération, baptisé Le Glouton.

Le film ne le cache pas, c'est au service et en affaires avec ces personnages inquiétants que la bande de Noodles De NIro (ironie spaghetti déguisée en nouille anglaise) et de Max Woods (starring également William Forsythe) sévit, prospère et disparaît avec ses membres.

Car sans les quartiers grouillant de monde, à l'ombre des ponts qui enjambent l'Est River ; sans la cruauté presque sensuelle des costards en soie ; et les histoires grinçantes qu'on se raconte entre deux "fuck fucking" au comptoir, pas de film de gangster ! Surtout pas de Mafia. De sorte que "Il était une fois en Amérique", sans être une mise en avant des organisations criminelles de l'American Mafia, contribue à nous contaminer, se glisse derrière nos défenses (Les Mafieux s'aiment aussi, ils ont des amis, et des enfants, ils aiment les beaux habits, et inocule son idéologie schizophrénique dans nos esprits à la manière des chevaux de Troie chers aux virus informatiques. Ajourons à cela la force obsessionnelle de la bande sonore et des musiques, celle d'Ennio Morricone, récurrente, lancinante ; les emprunts à l'opéra et les variations sur le "Yesterday" des Beatles.

Une entreprise de séduction sournoise que Leone utilise pour faire passer des scènes d'une violence sanglante qui préfigure Tarantino et son "Pulp Fiction" ou celles à contenu sexuel qui valurent à son auteur des tracas avec la Commission de Censure aux États-Unis. Des images absentes des "Parrain" vus par Coppola, un Italien d'Amérique qui fut contraint à pas mal de compromissions, y compris avec une famille mafieuse et la communauté italienne lasse d'être traînée dans la boue par la faute du crime organisé importé de Palerme, Naples ou de Calabre, via les Little Italy.

Titre original : Once Upon a Time in America

Aussi connu sous le nom de : C'era una volta in America

Genres : DrameGangster - Année : 1984

Pays d'origine : Italie, États-Unis

Durée : 3 h 49 min

Date de sortie (Italie, États-Unis) : 23 mai 1984 - Date de sortie (France) : 23 mai 1984

Réalisateur : Sergio Leone

Synopsis ·

Il était une fois deux truands juifs, Max et Noodles, liés par un pacte d'éternelle amitié. Débutant au début du siècle par de fructueux trafics dans le ghetto de New York, ils voient leurs chemins se séparer, lorsque Noodles se retrouve durant quelques années derrière les barreaux, puis se recouper en pleine période de prohibition, dans les années vingt. Jusqu'au jour où la trahison les sépare à nouveau



Mis à jour ( Lundi, 06 Avril 2026 08:32 )