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CINQUIEME SÉANCE – JOHNN GOTTI, STAR DES ANNÉES 80


"Gotti", un téléfilm produit par Gary Lucchesi pour HBO, a pu passer inaperçu à vos yeux. Fiction fortement calée sur les réalités violentes du clan des Gambino entre 1970 et 1990, nous l'avons choisie parce qu'elle est un prototype, une sorte de "master" des films de mafia à proprement parler qui raconte "la naissance, l'envol puis la chute" d'un boss de la mafia italo-américaine (L'ouvrage est tiré de "Gotti, Rise and Fall" de John Capeci et de Gene Mustain).

Pour ceux qui l'ignoreraient, John Gotti, un jeu loup de la famille Gambino installé non loin de l'aéroport de NY dans le Queen's, a été la véritable star de la chronique criminelle new-yorkais lors d'une guerre interne qui finira par l'installer à la tête d'une des familles les plus puissantes d'Amérique du Nord. Une adaptation fictionnelle validée par les informations sourcées de Selwyn Raab dans son remarquable "Rise and Fall of the Five Families" où cet ex-journaliste de pointe du "Herald Tribune" raconte un siècle et demi de mafia américaine à partir d'un fourmillement de sources vérifiables, dont celles du FBI et de nombreuses branches de la police new-yorkaise et fédérale.

Ce qui nous intéresse dans ce "Gotti" de Harmon de 1996 (il y en eut deux autres La Chute de Gotti", 1994 avec l'iconique Lorraine Bracco ("Les Affranchis", "Les Sopranos", "Rizzoli & Isles"...,  l'autre deux ans plus tard "(La Trahison de Gotti", 1998) c'est sa construction, une vraie notice de montage pour les futurs films et téléfilms de mafia.

Tout se joue dans les dix premières minutes de ce téléfilm où la caméra scrute un visage plongé dans l'ombre qui confesse son écœurement de voir la vraie mafia, celle des hommes d'honneur défaite par la faute de ceux qui ont brisé l'omertà sacrée, laissant le champ libre à des organisations criminelles étrangères sans foi ni valeur. La suite est punchy, un trombinoscope inspiré des fiches anthropométriques, un défilé d'effigies parmi lesquels on reconnaît : Armand Assante (Gotti), William Forsythe le Max de "Il était une fois", Sam Gravano, et une procession de "gueules de mafia" dont les incontournables Franck Vincent, Vincent Pastore, Dominik Chianese avec, en vedette américaine, l'immense Anthony Queen dans le rôle de l'underboss Neil Della Croce. Du visage éclairé à la manière des toiles du Caravage et du casting martelé par une bande son lancinante, on passe en fondu sur l'image emblème du NY des films noirs, le pont de Brooklyn (cf l'introduction de la Série TV "Law and Order", et tant d'autres.) et dans la continuité par la façade d'une boutique située dans un faubourg "ethnique" de Brooklyn ou du Queens, en fait de South Ozone Park, le fief de Gotti et de sa bande.

La suite est fluide. Confortablement installé dans le refuge de la bande, Gotti, élégant et sobrie, distribue des liasses de billets à ses hommes que l'on découvre un à un. Il se présente comme un chef soucieux de ses troupes, il ordonne à celuiVincent Pastore d'arrêter de fumer s'il ne veut pas mourir du cancer.

Les premières minutes sont pédagogiques. Premier coup au plexus : Anthony Quinn (Della Croce) apparaît, crépusculaire, dans un tunnel de lumière au seuil du bar, tout le monde se tait, on se lève, on le salue à distance, pendant que Gotti-Assante se jette dans ses bras et lui donne une accolade appuyée.

La suite est inscrite en lettres d'or dans la Bible du film de mafia, Della Croce est porteur d'un message : "the Old Man" (Carlo Gambino, le parrain de la famille) a besoin du jeune Gotti, le gangster qui monte pour liquider un indélicat. Gotti est introduit devant le big Boss : "Voudras-tu faire ça pour moi ?". Suivi d'un "Je vois un futur pour toi".

Le tempo est donné. Paul Castellano, un parrain de poids, insiste pour que Gotti prenne un de ses hommes avec lui. Gotti préférerait que cela soit son second, Sam Gravano (W. Forsythe), rien à faire, il doit obéir.

La liquidation de l'indélicat se déroule dans un bar au vu des clients, par la faute du dingue que Castellano luii a imposé. Impliqué, Gotti le fait liquider sans demander l'accord de son boss, le film est lancé, de fil en aiguille, Gotti-Assante et Gravano-Forsythe, assassinent Castellano, prennent le pouvoir dans la famille Gambino, s'imposent aux autres familles et transgressent le tabou du trafic de drogue...

Dans ce Gotti de 1996, contrairement à ce que l'on voit dans Le Parrain et ailleurs, on ne revient pas sur l'île Mère sicilienne pour un mariage et il y a plus de rock que d'opéra dans la bande sonore. On n'a plus affaire à une famille Corleone enracinée dans un passé sicilien, mais à "l'American Mafia", titre choisi en 2004 par Thomas Repetto pour son best-seller sur la question. Même si le concept de famille, d'organisation criminelle, de rationalisation de la chaîne de commandement et de concurrence sur le marché au sens capitaliste sont omniprésentes tout au long de la fiction.

A qui tout cela profite-t-il, peut-on se demander ? A la Mafia car John "Teflon" Gotti, un criminel remarquablement interprété par Armand Assante finit par susciter l'empathie. Il se soucie de ses "soldats", il prend parti pour les hommes de terrain contre les "financiers", il triomphe des machinations du FBI, est traîné en justice mais s'en tire et nargue les autorités, idolâtré qu'il est par une foule de fans de son quartier qui célèbrent bruyamment chacun de ses acquittements. Finalement, c'est lui qui apparaît comme le gentil quand son acolyte, l'underboss Sam Gravano, décide de témoigner contre lui et ses anciens complices. Gotti peut alors regretter les temps héroïques où l'omertà était respectée, où les "rats" étaient éliminés sans coup férir, les temps myhtiques où les familles venues du vieux continent, pleines d'humilité et de respect, régnaient sur les bas-fonds peuplés de barbares et de voyous sans morale ni valeurs. Une vision fallacieuse si l'on parcourt l'histoire du crime italo-siculien outre-Océan.

1h 56min | Thriller, 1996 - TV US

De Robert Harmon

Par Steve Shagan

Avec Armand AssanteWilliam ForsytheAnthony Quinn...

Synopsis...

Téléfilm HBO par le réalisateur de Hitcher, tiré d’un livre sur cette figure phare du crime organisé. Le titre même du livre contient l’expression rise & fall, ce qui permet d’emblée d’évacuer ce poncif : on y suit la progression de John Gotti du début des années 70, alors qu’il est déjà investi dans la vie criminelle locale, jusqu’à son incarcération définitive en 1992 en tant que boss de la famille Gambino.



Mis à jour ( Lundi, 06 Avril 2026 08:32 )