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SEPTIÈME SEANCE : MULBERRY STREET


D'ABEL FERRARA, DOCUMENTAIRE, 2010

Pour aller de Chez Colette à Mulberry Street, il faut franchir le pont de Williamsburg, celui de Manhattan ou celui de Brooklyn, en voiture ou en métro, tout une expédition dans vos souvenirs cinématographiques, un parfum de "Law and Order" ou de "New York, Unité Spéciale ?

Les premières images de "Mulberry Steet", le docu d'Abel Ferrara au cœur de Little Italy disent tout. Un vieil Italo-Américain bichonne la statuette de San Gennaro, le patron de Naples, en l'honneur de qui l'on donne trois jours de fêtes chaque année. Un Vincenzo venu d'Italie qui fait prendre en photo le berceau de son enfant en déclarant au turbulent metteur en scène qu'il est le meilleur. Un chantier de planches et la préparation des stands pour la fête. Un vieil homo qui cherche un "black cock", et Butchie The Hat, un pote à tête de porte-flingue mafieux qu'on a aperçu dans le "King of New York,... un film de Ferrara.

Voilà la ruse. Les visages qui défilent pendant une heure et quelque pourraient appartenir à des soldats affiliés aux 5 familles new-yorkaises de Cosa Nstra. Ou de la Camorrà, puisque Mulberry est une enclave napolitaine.

Le documentaire est brut de décoffrage, la caméra est portée, elle tremble, elle se faufile entre les tables, dans les arrière-salles ; elle épie les cuisiniers indonésiens, les manutentionnaires blacks, le manager de Ferrara, leur entourage, un peu italien, un peu juif selon les idées reçues, parfois irlandais.

Les images sont rusées. Un des amis de Ferrara, replet, joufflu, madré, empoche puis sort une énorme liasse de dollars, se plaint de ce que la San Gennaro n'est plus ce qu'elle était depuis que la mairie a mis la main dessus au prétexte qu'il y avait du favoritisme dans l'attribution des stands et des licences. Avec interdiction des jeux de hasards et un couvre-feu précoce. Résultat de la mainmise municipale : des prix de locations multipiés par 5, avec l'administration, impunie, dans le rôle de l'extorqueur.

Les gars qu'on fréquente dans "Mulberry" ont des gueules, des gueules d'acteurs. Un patron de bar, que l'on rencontre aurait sa place dans les Goodfellas, il est inquiet, mine gênée, bouche tordue, il cherche à savoir qui filme et pourquoi.

La consanguinité saute aux yeux. Les résidents du "voisinage" ont des têtes de gangsters. Ou de comédiens spécialisés dans les seconds rôles de gangsters.

Comme de bien entendu apparaissent les figures estampillées mafia : Danny Aiello, invité pour jouer les crooners que Ferrara amadoue en lui passant un agent pour son dernier disque. Frank Vincent, un de ceux sans qui un film US n'était pas un film de mafia. En dépit du doute, et de la bonhommie électrique de Ferrara, tout cela est chaleureux et Abel ripe de l'objectif quand ça devient trop chaud.

La dernière nuit est consacrée à la Fanfare, qu'ils sont joyeux, ces Italiens ! Qu'y a-t-il de réel dans tout ça ? Que feront ces gens quand Ferrara aura regagner ses pénates ?

Mulberry Street n'est pas n'importe quelle rue. Avec Hester, Baxter, Catherine, elle constituait le fameux quartier des Five Points, qu'une photo fameuse du photographe d'origine danoise Rijs a immortalisé et que l'on voit et revoit dans tant de films situés dans  les années 1900-1920.

"Mulberry Steet", c'est la rue que met en scène "Gangs of New York", où Lucky Luciano, livreur de cartons de chapeaux, se fait arrêter pour trafic d'héroïne à 18 ans. La rue où se trouvait le Ravenite, le nid de guêpe des Gambino au temps de John Gotti, devenu magasin de mode, japonais.

Le rapport avec "le film de Mafia" ? Une page maligne dans le grand livre d'images, le fantôme des fusillades, l'ombre des exécutions et des réminiscences de la Mano Nera du temps de la bande à Morello et Lupo, la première Famille, celle qui pérennisa l'école du crime, avant que Cosa Nostra ne naisse et impose son Etat dans l'Etat...

"Mulberry St."

Documentaire

2010 - 1 h 27 min.

Réalisation : Abel Ferrara

Distribution :Casting : Abel Ferrara, Danny Aiello, Frank Aquilino, Frankie Cee, John 'Cha Cha' Ciarcia, Shanyn Leigh, Jon Levy, Matthew Modine, Gianni Russo, Frank Vincent, Paul Zucker...

Synopsis

Né dans le Bronx et élevé dans l'Etat de New York, Abel Ferrara a commencé sa carrière à Mulberry Street en 1975. Toutes ces années il les a passées dans le bloc et la Fête de la Ssan Gennaro est le sujet de ce documentaire.

Nous sortons à peine d'un Cinema theater tout proche de Hester Street, jadis un des Five Points, et je vous invite à remonter Broadway dans sa partie inférieure, la circulation étant engogrée, prenons un Yellow Cab et demandons-lui de nous remonter jusqu'à la 14e rue tout près de Union Square...



Mis à jour ( Lundi, 06 Avril 2026 08:32 )