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NEW : LE MAFIA MOVIE TOUR
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Nouvelle aventure littéraire en ces lieux.

LE MAFIA MOVIE TOUR !

A SUIVRE SUR LE FACEBOOK DE MARIO ABSENTÈS MORISI

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TOUR DE CHAUFFE AVANT LE DÉPART

C'ERA UNA VOLTA LA COSCA

Devinette.

Comme l'univers selon Pascal, elle est un cercle "dont la circonférence est partout et le centre nulle part", inctouchable, il n'est rien qu'elle ne puisse atteindre elle-même. Elle serait apparue au carrefour des bassins oriental et occidental de la Méditerranée dans une île tout à la fois florissante et aride, bénie des dieux mais peuplée de démons.

On pense qu'elle est aussi ancienne que la société des hommes, qu'elle est née avec les agglomérations qu'ils ont fondées.

Elle prétend qu'elle est une invention de ses ennemis les fonctionnaires de l'État, la police, les juges, les commissions d'enquête et les fouineurs..

On la dit tapie dans l'ombre, ses murs auraient des oreilles.

Plus on la traque plus elle se dématérialise, elle laisse passer les orages, s'adapte et choisit le moment idoine pour reprendre sa place et prospérer.

Si vous ne chassez pas sur ses terres, vous ne l'avez pas croisée même si une partie de l'argent que vous dépensez lui revient en fin de compte.

Experte en usure et en extorsion, elle taille et corvée, elle infecte le commerce, elle infeste les rapports sociaux, phoagocyte les énergies, réquisitionne les appels d'offre, transforme les effets d'aubaine en monopole qu’on lui conteste puis qu’elle reprend.

Politiquement, elle établit des passerelles entre les gueux et les princes, exploitant les premiers et menaçant les seconds quand ils se prennent à elle.

 

Les "guépards" de l'aristocratie utilisent ses services en la méprisant. Elle administre leurs biens et monnaie sa protection ; elle ménage le manche et la cognée, le marteau et l'enclume, mettant à profit les vices et nos travers, l'ambition, la cupidité, le lucre et le stupre, la couardise et la lâcheté.

Née en plein cœur du Mare Nostrum, au carrefour des bassins orientaux et occidentaux de la Méditerranée, elle s'est accommodé de l'envahisseur phénicien, grec, romain, carthaginois, normand, arabe, génois, vénitien, ottoman, angevin, bourbon, italien de Savoie-Piémont ou américains. Les a dressés les uns contre les autres, leur a survécu, car on n'est avec elle ou contre elle et elle a le bras long.

Née sous un soleil de plomb, elle prospère dans les ravines et les grottes ombreuses ; elle a rationalisé la tradition des bandits indigènes, elle s’est mise à gérer leurs territoires, est organisée en familles qui selon les circonstances se concurrencent ou se réunissent en commissions locales, urbaines, régionales et transnationales.

Pour assurer sa pérennité, elle initie le blé qui lève et enseigne à ses enfants mâles son éthique et ses modus operandi. Fonctionnant à partir de Loges secrètes, elle ordonne ses ministres et ses soldats, elle ménage le clergé, s'appuyant sur un code de l'honneur qu'elle est la première à transgresser si sa survie en dépend.

Elle est l’infiniment plastique, liquide, se glisse dans le moindre interstice, est capable de sidérer ou d’ébouillanter.

La liste de ses forfaits est infinie.

Lorsqu'elle ne monnaie pas sa protection, elle approche, elle harcèle, elle provoque, elle menace, elle terrifie. Fait disparaître le corps de ses ennemis pour infliger aux familles des deuils impossibles et des souffrances éternelles, assassine des lignées entières, ordonne au frère aîné d'étrangler son cadet, au fils de trahir son père.

 

Pour édulcorer l'horreur des corps écorchés, des orbites énuclées, des génitoires tranchés, des victimes décapitées ou hachées menu ; des traîtres dissous dans la soude, elle s'invente des transcendances ancestrales.

À Palerme, dans le quartier du Capo, quel enfant n'a pas entendu parler des "Beati Paoli", cette société de cagoulards se réunissant dans les catacombes et vengeant la veuve et l'orphelin aux dépens des nobles félons et du prélat lubriques ? : légende urbaine qui deviendra un feuilleton illustré en plusieurs centaines d'épisodes, un des plus célèbres best-sellers de la littérature italienne de l'époque, "I Beati Paoli" de Luigi Natoli.

De ces récits que l'on se transmet autour de l'âtre, ne tarde pas à naître "I Mafiusi della Vicaria", spectacle théâtral qui va faire connaître son nom la peninsule en 1863, l'histoire de deux bandits qui se rencontrent dans une prison, en sortent et prennent la défense des îliens contre leurs oppresseurs pour se racheter de leurs crimes...

De la même matrice sortent deux opéras, "La Cavalleria Rusticana" de Mascagna (un drame de l'amour et de la jalousie) et "Les Vêpres Siciliennes" de Verdi, qui tous deux triomphent en Amérique en 1891. Une aubaine pour les sociétés de secours mutuel sicilienne, napolitaine, calabraise qui se déversent sur la côte Est des États-Unis (4 millions et demi d'Italiens entre 1890 et les années 20) et font corps face aux Protestants blancs et Anglo-Saxons.

De là se développe l'idée que ces sociétés venus d'Europe défendent leurs concitoyens opprimés, leur rendent justice, les protègent des policiers corrompus et des juges véreux, leur proposent du travail, des plans de carrière même si c'est au sein de l’ "Union" ou de la "Mano nera", une protection présentée comme une légitime défense contre les Protestants blancs anglo-saxons (WASP) qui traitent les Italiens de "guineas" (nègros) et de "chauve-souris", arguant qu'ils sont mi oiseaux-mi rats, idolâtres, bruyants, sales et capables préparer un sandwich avec le couteau qu'ils viennent de retirer du ventre du rival qu'ils ont liquidé l'instant précédent.

C'est dans les coulisses de ce jeu de miroirs déformants et/ou sans tain : illégalité et justice, "Pulp fiction" et soupes populaires, "Love stories" où Roméo est sicilien et Juliette irlandaise, "Massacres à la tronçonneuse" que notre "Mafia Movie Tour" va vous entraîner.

Car celle dont un nom est "Mafia" s'est nichée en nous à notre insu au point que sans le vouloir, nous faisons partie de "Sa" famille."

 


 

PREMIÈRE PROJECTION

Cher lecteur, prépare-toi, attache ta ceinture, le Mafia Movie Tour que nous te proposons ne sera pas de tout repos. Ferme les yeux et fais un effort d'imagination. Nous allons flâner de "cinema theater" en multiplex dans une ville de New York où se déroule un festival du film et du documentaire de mafia. Munis-toi d'un plan de la ville, d'une bouteille d'eau et d'un casse-croûte, ça pourrait vous sauver. Première halte ? Un cinoche niché à deux pas de Driggs Avenue, danns l'ancien 14e secteur où Henry Miller vivait à la fin du XIXe siècle, peu de temps avant l'invasion transalpine et européenne de l'est, grecque, arménienne, une ondée aux allures de séisme d'après les Hollandais, les Anglais, les Allemands et les Irlandais... Pour ne pas parler des Noirs et des natifs.

"Lucky Luciano" (1973) de Francesco Rosi

Avec : Gian Maria Volontè, Vincent Gardenia, Silverio Blasi, Charles Cioffi, Larry Gates, Magda Konopka, Rod Steiger, Edmond O'Brien...

Synopsis

Lucky Luciano, ancien chef du Syndicat du crime new-yorkais a été expulsé des Etats-Unis par le FBI. Mais installé à Naples, il continue à diriger tout le trafic, à rester le maître incontesté de la Mafia. Un policier, d'origine sicilienne lui aussi s'est juré de démasquer Luciano, ne serait-ce que pour rendre son honneur à la Sicile. Pour arriver à ses fins, il tente de coincer un autre gangster qui se fera abattre avant de pouvoir témoigner contre Luciano...

Quand le parrain est raffiné...

Le Biopic consacré à la principale icône de la mafia américaine avec Al Capone tient une place à part dans notre American Mafia Tour car il n'est un "film de mafia" à proprement parler.

Les "films de mafia", genre initié par les réalisateurs italo-américains Francis Ford Coppola, Martin Scorsese, Brian de Palma et si l'on veut Michael Cimino et Abel Ferrara sont reconnaissables à une série de marqueurs dont celle qu'on baptisera par erreur "LCN", "La Cosa Nostra", s'est servie pour abuser l'opinion publique et la pervertir.

Le premier marqueur tient au fait que le héros du "film de mafia" n'est plus un ennemi public isolé désigné par John Edgar Hoover et par son Federal Bureau of Investigation (FBI) mais un regroupement de familles issues de l'émigration sicilienne, napolitaine, calabraise que l'on nous présente de l'intérieur, nous invitant à ses fêtes de famille, où l'on se familiarise avec le Parrain (le Boss en américain), son conseiller, ses lieutenants, ses soldats, ses associés et ses parents (par exemple le mariage de Marlon Brando/Corleone dans le Parrain.).

Un autre marqueur tient à l'onomastique. Dans un film de mafia, le réalisateur est d'origine italienne, la musique est italienne, les noms qui défilent sur les génériques (principalement) à consonance italienne.

Le "film de mafia" naît au début des années 70 dans le sillage des œuvres de Martin Scorsese : c'est par lui, qui est né à Little Italy, avec "Mean Street", "The Goodfellas", "Casino" que nous arrivent des jeunes gens qu'il connaît : Robert De Niro, Al Pacino, Joe Pesci mais également des stars non-Italiennes comme Harvey Keitel ou Ray Liotta (un enfant adopté par une Écossaise et un Italo-Américain), ce qui signe la nature pluriethnique de "the American Mafia", un consortium criminel personnifié par "Luciano le Veinard" qui transforma la nébuleuse des familles mafieuses arrivées du Vieux Continent et en fit une organisation criminelle bâtie sur le modèle des corporations industrielles et financières fondées par "les barons voleurs du capitalisme" : Mrs. Astor, Carnegie, Rothschild, Van der Bilt, J.P. Morgan, Rockfeller...)

Peu de ressemblance entre "Lucky Luciano", le film de Gianfranco Rosi sorti la même année que "Le Parrain 2" de Francis Ford Coppolla et "Cosa Nostra" de Terence Young. Tout d'abord parce que le rôle-titre de Luciano, de son vrai nom Salvatore Lucania, est interprété par Gian Maria Volonte, un Milanais qui est passé par Shakespeare et Goldoni, s'est fait remarquer dans les rôles de méchants grâce à Sergio Leone et a contribué au succès d'"Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon" d'Elio Petri qui a décroché l'Oscar du meilleur film étranger à Hollywood, avant de briller dans "Le Cercle Rouge", "La classe ouvrière ira au Paradis", "Sacco et Vanzetti" et "L'Affaire Mattei"

L'Amérique n'est pas absente de ce biopic ultradocumenté produit en Italie. Le rôle de Siragusa, l'agent des Stups US chargé par le FBI de traquer Lucky est interprété par le policier soi-même, ce qui ne manque pas de piment.

Autre marqueur états-unien, le rôle du mafieux qui trahit Luciano et le paie de sa vie est interprété par Rod Steiger et l'incipit du biopic qui ne fait pas l'économie de la Doxa mafieuse : Luciano a fait liquider "Joe the Boss Masseria" et son rival "Salvatore Maranzano" ; il a commandité la purge d'une cinquantaine de mafieux dans tout le pays et a servi Oncle Sam en mobilisant les hommes des Cinq familles contre les infiltrations nazies, ce qui lui aurait valu les faveurs de Dewey, le procureur qui l'a fait jeter dans un pénitencier du nord du pays et qui a signé son decret d'expulsion en Italie en 1946.

C'est là que le Mafia marque des points et que l'écran de fumée des légendes urbaines voile le réel. Car de vrais historiens, en Italie (Salvatore Lupo), en Angleterre (Dickie) et en France (Saint Victor) ont mis à jour la supercherie. Il n'y a pas eu de "Vêpres Siciliennes" après la constitution de la Commission voulue par Luciano et ses homologues des Familles de la Côte Est. Épluchant la presse de tout le pays en 1931, c'est tout juste si l'on peut rattacher quatre exécutions à la prétendue purge.

Autre mystification, l'opinion répandue selon laquelle Lucky Luciano aurait proposé son aide contre les infiltrations nazies sur les docks. Il est bien plus probable qu'il ait donné l'ordre au Syndicat des Dockers d'incendier "Le Normandie" pour accréditer l'idée d'une menace allemande. De fait, voyant flamber le plus gros paquebot du monde sur une jetée du West Side, le procureur Dewey envoie un émissaire à Dannemora, le pénitencier où Luciano purge une cinquantaine d'années de prison, négocie avec lui et, ayant obtenu la protection des quais par le crime organisé, le fait transférer dans l'Etat de New York d'où il pourrait piloter les opérations. Et reprendre son business en main.

Le troisième élément mis en scène par Rosi concerne le débarquement de la Navy en Sicile en 1943 que Luciano aurait facilité en prenant contact avec les familles mafieuses et en faisant inscrire ses initiales "L.L", sur les parachutes des forces allées. Une fantaisie journalistique (et cinématographique) qui fait florès mais n'a guère de sens. Luciano était un Sicilien anonyme à son départ et n'ayant aucune influence sur le terrain, contrairement à Genovese, son dauphin - qui, poursuivi pour meurtre en Amérique, s'est réfugié à Palerme, devenant le conseiller de Poletti, le commandant des opérations de débarquement sur l'île, ce qui lui permit, sa famille d'origine et des complices, de devenir les rois du marché noir, ce dont Rosi témoigne dans la première partie de son film lorsque le dauphin de Luciano se pavane avec sa voiture de Luxe jaune abricot au millieu des Gi's.

Peu importe que tout cela mêle histoire officielle et désinformation de bouche à oreille. Pour le grand public, la Mafia a un Boss, et ce Boss, qui est avec Al Capone, le plus médiatique des gangsters, c'est Luciano, un génie du crime qui a mis sur pied un système raffiné où les mensonges sont plus crédibles que la vérité révélée. De manière que le plus documenté, le plus réaliste des cinéastes de son époque n'a pu éviter de marquer contre son camp comme le démontre la fiche mensongère qui sert d'exergue sur les sites dédiés. Luciano ne sort-il pas du film comme un monsieur triste et élégant, une star mélancolique qui signe des autographes aux "boys "venus libérer l'Europe, une gravure de mode qui se fait gifler sur un champ de course, qui a ses bonnes œuvres, est prévenant avec les petites gens et reçoit des personnalités venues le saluer avec respect. Rôle interprété de manière troublante par un acteur de premier plan qui se situe à des années-lumière du porte-flingue balafré de Little Italy, des bouchers du Bronx ou des mauvaises copies de Capone, le monstre clinquant, hystérique et graisseux.

Au cœur de tout cela, on assiste à la rencontre qui a marqué un tournant dans l'histoire du trafic de stupéfiant tout au long de ce que la police italienne, le FBI et Cosa Nostra appelleront "The Old Bridge" : un "congrès" organisé au Grand Hôtel des Palmes à Palerme où les chefs mafieux siciliens accueillent les boss de l'American Mafia en présence de Luciano mais pas seulement.

Quant au décès du héros d'une crise cardiaque à l'aéroport de Naples, avant que les autorités US et italienne ne veuillent l'arrêter, elle se produit lorsque Lucky va à la rencontre d'un "ami producteur" venu lui faire signer les droits d'un film dont il aurait été la vedette. Une mise en abyme au sens strict du terme.

Requiescat in pace, Lucky, loin des affres des pénitenciers et des morts violentes, au paradis des icônes italo-américaines avec Rudolph Valentino, Primo Carnera et Caruso. Car quand on pense Italie, on pense vite à eux tous, les bons et les méchants.

Que penser de "Lucky Luciano" ?

"Quand on regarde le film aujourd’hui, cette volonté réaliste peut sembler incomplètement réussie. Le film a été tourné en Technicolor, le type de procédé technique de fabrication des images alors utilisé pour les comédies musicales ( de Un Américain à Paris à Chantons Sous la Pluie ) ou des films à grand spectacle (Autant en Emporte le Vent, Ben Hur ou Lawrence d’Arabie ) ; Pour la biographie d’un parrain de la Mafia (on dirait aujourd’hui un biopic), le procédé confère à l’image une forme d’embellissement artificiel, une aura dorée qui glamourise le héros. Le personnage de Gene Giannini, l’indic' qui donne son patron aux flics avant que ce dernier ne donne l'ordre qu'on l'abatte est interprété par Rod Steiger, acteur américain qu’on avait déjà vu chez Rosi dans Main Basse sur la Ville, et qui est doublé en italien comme tous les films transalpins de l’époque qui étaient réenregistrés et post-synchronisés en studio, ce qui créée un effet assez curieux, si l’on est attentif à ça.

Aujourd’hui, Francesco Rosi est un peu au purgatoire du cinéma. Il n’est pas tout seul et sûrement en bonne compagnie. Ses films ne sont pas souvent diffusés dans les rétrospectives, les DVD ne se trouvent pas facilement et sur les « plateformes », rien, pour le moment... "

@ Jacques PITOISET

 


 

DEUXIÈME PROJECTION


Vous êtes tous là, bien, quittons le quartier et prenons la direction de la North Street 1st, vous voyez la Plymouth rose stationnée au carrefour de Driggs, c'est la voiture de Tim Tombs, un des héros de "Soldata Sana", j'ai les clés, le Majestic 20's est à cinq minutes au pas, affutez vos feutres, activez vos Smartphones, peu de gens de votre génération connaissent le film qui nous attend.

"Little Caesar" (Le Petit César) – 1930.

Film de Mervyn LeRoy · 1 h 19 min · 28 août 1931 (France)

Genres : GangsterDrame

Pays d'origine : États-Unis

Synopsis :

L'ascension fulgurante de Rico Bandello, un petit mafieux devenu l'un des plus gros bonnets de la pègre l

Une quarantaine d'années avant le tournage du "Lucky Luciano" de Francesco Rosi sortait "Little Ceasar", un des tout premiers films de gangsters faisant allusion à la criminalité organisée italienne au temps de la Prohibition (1920-1933).

Il faut savoir que plusieurs vagues d'Italiens avaient accosté sur la côte Est des États-Unis. La première, celle qui débarque au milieu de XIXe siècle, est constituée d'artisans, de tailleurs, de musiciens et d'architectes. Avec le développement de la marine à vapeur, ce sont les envoyés des gros producteurs d'agrumes et d'artichauts du sud de l'Italie qui débarquent sur la côte Est ; ils investissent les ports et les quartiers adjacents et entretiennent des liens permanents avec la mère patrie, se mesurant à la concurrence anglaise, allemande, hollandaise, irlandaise.

Avec la première mondialisation, une crise économique sans précédent frappe la paysannerie européenne, elle encourage des centaines de milliers de chômeurs à émigrer aux États-Unis, en Argentine, au Brésil ou en Australie.

Ce sont près de 4,5 d'italiens qui finissent par s'installer à New York, Boston, Philadelphie, Chicago et dans les autres grandes villes de la côte est. Au point que les Européens du Sud sont considérés comme des envahisseurs mettant en péril les valeurs fondatrices des Protestants "blancs" anglo-saxons et celles des immigrants qui les ont précédés, Irlandais ou Afroaméricains à peine émancipés par la victoire des Nordistes sur les Confédérés esclavagistes.

C'est dans les quartiers insalubres des Five Points, à la pointe de Manhattan que la plupart des "Italiens" s'installent dans des conditions d'hygiène épouvantable comme en témoigne les reportages du journaliste photographe d'origine danoise, Jacob Rijs, dans un ouvrage demeuré célèbre : "La façon dont l'autre moitié vit", source d'un imaginaire qui nourrira pas mal de films au même titre que le "The Gangs of New York" de Herbert Asbury (1928). Dans ce dernier, adapté au cinéma par Scorsese, la part belle est faite aux très-hauts-de-forme des brigands anglo-saxons, même si un certain Paul Kelly, né Vaccarelli, tire ses marrons du feu, l'emportant sur son rival Monk Eastman et jetant les bases de l'American Mafia dans le quartier des Five Points où des bataillons de Napolitains, de Siciliens, de Calabrais et toutes sortes de miséreux ayant fui la crise économique ont commencé de se tasser.

C'est à ce moment-là de l'histoire de New York qu'une guerre des gangs impitoyables s'empare de la Grosse Pomme, faisant des règlements de compte et des cadavres à la une des journaux une sorte de "spectacle national" que la presse à scandale nourrit, favorisée par les progrès de la photographie et par le passage du cinéma muet au cinéma parlant.

La guerre des gangs dont on parle dans les années 20 a pour cause un renouvellement de la garde. Ceux que les gangsters italiens nés en Amérique et leurs camarades judéo-américains appelaient les "Moustache Petes", autrement dit "les vieux moustachus", sont des criminels fidèles au modèle de la famille mafieuse de leur région d'origine (borgata, cosca, famiglia). Porte-drapeau de la tradition, Joe the Boss Masseria, dit le Glouton, est un chef de guerre relativement primitif qui accueille Lucky Luciano et ses copains, des jeunes prometteurs, et conspire pour devenir "le capo de tous les capi", le chef de tous les chefs.

Face à lui se dresse Salvatore Maranzao, un ancien séminariste parlant le latin et le grec venu comme Masseria d'un port voisin du Détroit de Messine, Castellamare del Golfo en Sicile.

"Little Ceasar", un film en noir et blanc de Merwyn Leroy, sort en 1931. Il n'est pas le premier film de gangster et James Cagney, petite frappe charismatique, est le maître d'un genre qui naît à peine. Dans "Little Caesar", c'est un Edward G. Robinson soutenu par le grand Douglas Fairbanks qui s'y colle et – c'est le point qui nous intéresse – interprète le rôle d’un ambitieux frénétique, Rico "Massara", qui ressemble comme deux gouttes d'eau à Alphonse Capone, la star des criminels qui a quitté Brooklyn pour devenir le maître de Chicago.

Le fim a mal vieilli mais il ne manque pas de charme. Il est le premier à mettre en scène le banditisme urbain italo-Américains et à suggérer que les criminels venus de Sicile sont d'une autre nature que les gangsters anglais, irlandais ou allemands qui les ont précédés, car ils s'inscrivent dans une hiérarchie, en réfèrent à un organigramme et ont des plans de carrière comme l’illustre la manière dont Rico supplante son boss, le remplace, liquide ceux qui se mettent au travers de sa route, mais doit faire allégeance au Big Boss, un amateur d'art d'une rare élégance qui lui propose de « devenir quelqu'un » à condition qu'il fasse ce qu'ont li dit.

Ironie de la mise en scène, le frère de Rico, un danseur mondain qui a refusé de le suivre pour les beaux yeux d'une femme, plastronne sur une affiche en compagnie de sa compagne, alors que son frère agonise sur un tas de planche, mitraillé par trois flics aux sales gueules assurant le triomphe de la morale comme la loi Hayes sur le happy-end l'imposait alors

Il y a un autre motif au choix de "Little Caesar" à ce stade de notre movie-trip au pays de la Mafia. En 1970, un professeur de droit de l'université de Cornell, dans l'État de New York, Robert G. Blakey, conçoit une loi qui va permettre de démasquer les Boss des 5 Familles qui manipulent une armée de porte-flingues et de trafiquants. L'idée est d'autoriser des écoutes téléphoniques ciblées et de transformer en crime fédéral le fait d'être mentionné dans plusieurs enquêtes sur des crimes fédéraux en cours. Dispositif à peine légal que le Congrès et Nixon introduisent dans une loi sur le crime organisé et les activités anti-américaines, et ce malgré l'opposition des Démocrates, du FBI et de nombreux constitutionnalistes. Ajouté à un dispositif de protection des témoins qui osent défier l'omertà de rigueur et à la saisie des biens des parrains incriminés, cette arme légale change la donne et asséne un coup terrible à ce qu'on finira par appeler "La Cosa Nostra" en Amérique. Cerise sur le gâteau, Blakey et ses proches collaborateurs baptisent cette arme législative fatale le "Racketter Influenced and Corrupt Organisation" ou RICO ACT, un acronyme clin d'œil au "Petit César" de Leroy qui fait une mauvaise fin pendant que son Boss, l'élégant criminel, se pavane sur Madison et Park et à Broadway. Un indice de plus confirmant la porosité entre l'univers du crime, la culture populaire et bien entendu le Cinéma."

C'est une bonne idée, nous allons prendre un en-cas et un verre à deux pas de ce qui fut un haut lieu du crime organisé, le Fulton Steak Hoiuse. Puis nous prendrons le temps de remonter Driggs jusqu'au numéro..., endroit où les collègues ripoux de Serpico lui tendirent un guet-apens le laissant à demi-mort en 1960. Je sais, c'était il y a longtemps mais ça fait drôle. Cela dit, il est temps de nous glisser dans le King's Cinema Theater de Lee Street...

 


TROISIÈME SÉANCE


Vu des quais, sur les docks

"Elle", celle qui ne dit pas son nom ou en a plusieurs, se cache derrière toutes sortes de paravents, se terre dans les social-clubs des quartiers populaires (un sociologue parlera de "démocratie du coin de la rue"), partout où l'on boit, où l'on se distrait, mais surtout le long de ce qu'on a appelé "the Waterfront", c'est-à-dire "les docks" ; ceux de la pointe sud-est de Manhattan (The Fulton Fish Market), les jetées qui bordent le West Side de Manhattan où accostent les transatlantiques ; ceux de Brooklyn, le "Borough" qui s'est follement développé après l'ouverture du Broolklyn Bridge (1919-12), de Williamsburg (1903), de Manhattan (1909), du Queensboro (1909) puis de Triboro entre Manhattan, le Queens et le Bronx (1936).

Au tournant du siècle, New York est le moteur de l'économie mondiale et Brooklyn concentre la fine fleur de la chimie et de la pharmacie mondiales, outre que le chantier naval militaire du Navy Yard d'où sortiront des centaines de vaisseaux entre les deux guerres mondiales. Ce sont des millions de tonnes de fret qui se déversent sur ses quais et dans ses entrepôts, réquisitionnant une énorme force de travail parmi les immigrants les plus démunis, prêts à tout pour louer leurs reins et leurs bras et contraints de se syndiquer s'ils veulent nourrir leur famille.

Au tournant des années 20, les autorités assistent à une guerre rangée entre les dockers irlandais, en place depuis plusieurs décennies, et les Italiens qui arrivent en masse et sont mieux organisés. Les syndicats, appelés "Locals", tombent vite aux mains des organisations criminelles dont la plupart sont siculo-italiennes.

Au Sud de l'italie et en Sicile, il existe une pratique criminelle ancestrale qu'on appelle "l'abigeat" qui consiste à voler des troupeaux entiers et à les acheminer dans des endroits sûrs, souvent des ports d'où ils sont expédiés au plus offrant. Pour mener à bien ces opérations, il faut des hommes de mains, des complices, des laissez-passer et des étables équipées, en bref, une infrastructure qu'un voleur isolé ne peut pas mettre sur pied. Et si les pauvres éleveurs veulent qu'on empêche le vol de leur bétail, ils sont invités à payer pour leur protection.

La Sicile commerce entre la Méditerranée orientale et occidentale depuis l'Antiquité. Au XIXe siècle, elle exporte ses agrumes depuis la "Conca d'Oro" de Palerme, mais également les ¾ de la production mondiale de soufre, sur laquelle les principaux clans mafieux ont mis la main. Situé sur la route maritime qui relie le moyen orient et l'Atlantique, la Sicile a ses comptoirs en Asie Mineure, à Tunis et à Gibraltar d'où elle contrôle certains flux de marchandises vers l'Amérique latine, la Nouvelle Orléans et New York, où elle installe ses hommes et prospère. Ce qui ne va pas sans friction avec les autochtones ou les immigrants précédents, comme le prouve la guerre des gangs entre un "Syndicat" irlandais et deux familles siciliennes rivales à la Nouvelle-Orléans qui aboutira au lynchage de 12 Italiens innocents le 14 mars 1891.

Rien d'étonnant dès lors si les zones portuaires et les docks deviennent le théâtre des exploits des familles mafieuses arrivés en Amérique. Au point qu'on n’imagine guère un "film de mafia" sans qu'il y ait l'arrivée d'un paquebot bondé, une file de débardeurs faisant la queue à l'aube, ou un assassinat sanglant entre deux conteneurs, le pionnier en la matière étant l'écrivain John Dos Passos racontant dans sa trilogie USA un règlement de compte nocturne autour d'une cargaison d'alcool de contrebande

C'est "On the Waterfront" (Sur les quais) et "From the Bridge" (Vu du Pont) qu'Elia Kazan (1954) et Sidney Lumet (1955) situent l'action de leur film respectif. Le premier, communiste passé au mac-carthysme, vantant les mérites de la délation en faisant de Marlon Brando un lanceur d'alerte héroïque ; le second fustigeant la trahison d'un non moins sublime Raf Vallone en oncle incestueux se débarrassant de l'amoureux de sa nièce entichée d'un beau blond arrivé clandestinement de Sicile.

"Vu du Pont" n'était pas un film à l'origine mais une pièce de théâtre d'un acte écrite en vers d'Arthur Miller, un juif-américain d'origine allemande qui s'empressa d'en tirer une pièce en deux actes qui se voulait une réponse au "Sur les Quais" d'Elia Kazan qui avait pris fait et cause dans la chasse aux sorcières qui faisait rage contre la partie du monde du spectacle qui se voulait communiste, ou tout simplement anti-persécution.

N'étant pas un film de gangster, "Vu du Pont" raconte la manière dont Eddie Carbone, un débardeur joué par Raf Vallone (il apparaitra dans le rôle du cardinal Lamberto, futur Jean Paul 1er dans Le Parrain III), accueille Marco et Rodolfo, les cousins de son épouse débarqués clandestinement, ne supporte pas que sa nièce tombe amoureuse de ce dernier et le dénonce aux autorités avant d'être assassiné par son cousin Marco, tandis que la nièce et Rodolfo convolent en justes noces. Un drame amoureux autour de l'inceste et de l'honneur du père qui fit pas mal de remous et illustre le temps où les immigrants débarquaient clandestinement soutenus et hébergés par leurs concitoyens maîtres des quais et des conteneurs. Car un "film de mafia" sans une référence "vue du pont" ou au "front de mer", ne serait pas plus un "vrai film de mafia" que ne le serait un film où aucun paquebot bondé n'accosterait dans la brume, où l'on ne passerait pas sur ou sous le Pont de Brooklyn et d'où la silhouette d'une grappe de mafieux grillant une cigarette devant un social-club, épiés par deux agents du FBI en planque dans leur voiture, serait absente. C'est en nous accoutumant à ses repères visuels que les "familles" entre en nous et deviennent des chevaux de Troie, une Cosa Nostra à notre insu.

"Vu du Pont", d'après une pièce d'Arthur Miller "A View from the Bridge" (1955). Film de Sidney Lumet · 1 h 58 min · 19 janvier 1962 (France - Genre : Drame - France, Italie

Synopsis

Sur les docks, Eddy l'Italien jouit d'un grand prestige. Aussi jovial que bon ouvrier, il a le sens des autres qui très souvent font appel à lui. À la maison, malgré une situation précaire d'émigré, il a élevé une nièce comme sa propre fille, et s'apprête à recevoir deux cousins de sa femme débarqués clandestinement d'Italie. Le plus jeune des deux, Rodolfo, s'éprend de sa nièce, ce qui lui attire l'inimitié violente d'Eddy ; sa femme, délaissée depuis longtemps, s'inquiète de cette... Voir plus

Suivi de "Sur les quais"

Classique, 1954, États-Unis, 1h43min

Réalisé par : Elia Kazan Avec : Marlon Brando, Karl Malden, Eva Marie, Saint Lee J Cobb, Rod Steiger

Synopsis :

Le syndicat des dockers terrorise les ouvriers en les rackettant. Terry Malloy se décide à lutter contre le gang.


QUATRIÈME SEANCE – C'ERA UNA VOLTA IN AMERICA

"Once upon a time in América" est communément classé dans la liste des meilleurs "films de mafia" alors que ses protagonistes ne sont pas italo-siciliens et que le film culte de Sergio Leone, maître du cinéma dit spaghetti, est tiré d'un roman noir d'inspiration autobiographique écrit en 1952 par un ancien gangster juif de New York nommé Harry Grey (de son vrai nom Hershel Golberge) sous le titre de The Hoods (ndla : les hommes de main).

Sergio Leone, qui a lutté pendant 12 ans pour accoucher d'un film qui a suscité de nombreues polémiques avant de passer dans la catégorie chef-d’œuvre, est clair dans ses intentions. C'est dans un voisinage juif de Brooklyn que débute ce qu'il appellera "une fable", à l'ombre d'une des extrémités du pont de Manhattan, dans un décor fortement inspiré par les gravures de Réginald Marsh, les toiles de Hopper et par l'iconographie produite au début du XXe siècle quand il s'agissait de représenter les quartiers surpeuplés du New York d'alors.

Logiement, la bande des gamins des rues qui se forme autour du héros, "Noodle", interprétée par Robert De Niro, et de son alter-égo Max (James Woods) est formé de gosses intégrés à la marge d'un monde de juifs orthodoxes, de vitrines ornées d'étoiles de David. et de shtreimel et de phylactères qui volent au vent.

De la part d'un réalisateur italien d'Italie, alors que, dix ans plus tôt, le Parrain 1 et 2 a initié un sous-genre policier faisant la part belle aux familles mafieuses de New York et de la côte Est, on devine la volonté de ne pas enfermer sa fresque dans un folklore ethnique particulier. Il le déclarera dans la fameuse conférence de presse donnée au lendemain de la première à Cannes en 1984, en réponse à l'attaque d'un journaliste qui lui reproche d'aborder le genre bien après Francis Ford Coppolla ; "Coppolla est parti d'une chronique de faits-divers et en a fait un magnifique spectacle, répond-til. J'ai fait exactement le contraire ; je propose une fable, une histoire sur l'amitié virile, la trahison, avec beaucoup de petites vérités."

Absente de son film, le crime organisé italien ? A première vue seulement, car comme dans "Little Caesar" ou dans "Beau James", elle apparaît en contrepoint avec les noms et les prénoms italiens du générique ; Robert De Niro (l'icône avec Al Pacino) ; Joe Pesci, Danny Aiello et une série de seconds rôles aux faciès burinés, par exemple celui qui figure un avatar parfait de Joe The Boss Masseria, un des parrains de la première génération, baptisé Le Glouton.

Le film ne le cache pas, c'est au service et en affaires avec ces personnages inquiétants que la bande de Noodles De NIro (ironie spaghetti déguisée en nouille anglaise) et de Max Woods (starring également William Forsythe) sévit, prospère et disparaît avec ses membres.

Car sans les quartiers grouillant de monde, à l'ombre des ponts qui enjambent l'Est River ; sans la cruauté presque sensuelle des costards en soie ; et les histoires grinçantes qu'on se raconte entre deux "fuck fucking" au comptoir, pas de film de gangster ! Surtout pas de Mafia. De sorte que "Il était une fois en Amérique", sans être une mise en avant des organisations criminelles de l'American Mafia, contribue à nous contaminer, se glisse derrière nos défenses (Les Mafieux s'aiment aussi, ils ont des amis, et des enfants, ils aiment les beaux habits, et inocule son idéologie schizophrénique dans nos esprits à la manière des chevaux de Troie chers aux virus informatiques. Ajourons à cela la force obsessionnelle de la bande sonore et des musiques, celle d'Ennio Morricone, récurrente, lancinante ; les emprunts à l'opéra et les variations sur le "Yesterday" des Beatles.

Une entreprise de séduction sournoise que Leone utilise pour faire passer des scènes d'une violence sanglante qui préfigure Tarantino et son "Pulp Fiction" ou celles à contenu sexuel qui valurent à son auteur des tracas avec la Commission de Censure aux États-Unis. Des images absentes des "Parrain" vus par Coppola, un Italien d'Amérique qui fut contraint à pas mal de compromissions, y compris avec une famille mafieuse et la communauté italienne lasse d'être traînée dans la boue par la faute du crime organisé importé de Palerme, Naples ou de Calabre, via les Little Italy.

Titre original : Once Upon a Time in America

Aussi connu sous le nom de : C'era una volta in America

Genres : DrameGangster - Année : 1984

Pays d'origine : Italie, États-Unis

Durée : 3 h 49 min

Date de sortie (Italie, États-Unis) : 23 mai 1984 - Date de sortie (France) : 23 mai 1984

Réalisateur : Sergio Leone

Synopsis ·

Il était une fois deux truands juifs, Max et Noodles, liés par un pacte d'éternelle amitié. Débutant au début du siècle par de fructueux trafics dans le ghetto de New York, ils voient leurs chemins se séparer, lorsque Noodles se retrouve durant quelques années derrière les barreaux, puis se recouper en pleine période de prohibition, dans les années vingt. Jusqu'au jour où la trahison les sépare à nouveau


CINQUIEME SÉANCE – JOHNN GOTTI, STAR DES ANNÉES 80


"Gotti", un téléfilm produit par Gary Lucchesi pour HBO, a pu passer inaperçu à vos yeux. Fiction fortement calée sur les réalités violentes du clan des Gambino entre 1970 et 1990, nous l'avons choisie parce qu'elle est un prototype, une sorte de "master" des films de mafia à proprement parler qui raconte "la naissance, l'envol puis la chute" d'un boss de la mafia italo-américaine (L'ouvrage est tiré de "Gotti, Rise and Fall" de John Capeci et de Gene Mustain).

Pour ceux qui l'ignoreraient, John Gotti, un jeu loup de la famille Gambino installé non loin de l'aéroport de NY dans le Queen's, a été la véritable star de la chronique criminelle new-yorkais lors d'une guerre interne qui finira par l'installer à la tête d'une des familles les plus puissantes d'Amérique du Nord. Une adaptation fictionnelle validée par les informations sourcées de Selwyn Raab dans son remarquable "Rise and Fall of the Five Families" où cet ex-journaliste de pointe du "Herald Tribune" raconte un siècle et demi de mafia américaine à partir d'un fourmillement de sources vérifiables, dont celles du FBI et de nombreuses branches de la police new-yorkaise et fédérale.

Ce qui nous intéresse dans ce "Gotti" de Harmon de 1996 (il y en eut deux autres La Chute de Gotti", 1994 avec l'iconique Lorraine Bracco ("Les Affranchis", "Les Sopranos", "Rizzoli & Isles"...,  l'autre deux ans plus tard "(La Trahison de Gotti", 1998) c'est sa construction, une vraie notice de montage pour les futurs films et téléfilms de mafia.

Tout se joue dans les dix premières minutes de ce téléfilm où la caméra scrute un visage plongé dans l'ombre qui confesse son écœurement de voir la vraie mafia, celle des hommes d'honneur défaite par la faute de ceux qui ont brisé l'omertà sacrée, laissant le champ libre à des organisations criminelles étrangères sans foi ni valeur. La suite est punchy, un trombinoscope inspiré des fiches anthropométriques, un défilé d'effigies parmi lesquels on reconnaît : Armand Assante (Gotti), William Forsythe le Max de "Il était une fois", Sam Gravano, et une procession de "gueules de mafia" dont les incontournables Franck Vincent, Vincent Pastore, Dominik Chianese avec, en vedette américaine, l'immense Anthony Queen dans le rôle de l'underboss Neil Della Croce. Du visage éclairé à la manière des toiles du Caravage et du casting martelé par une bande son lancinante, on passe en fondu sur l'image emblème du NY des films noirs, le pont de Brooklyn (cf l'introduction de la Série TV "Law and Order", et tant d'autres.) et dans la continuité par la façade d'une boutique située dans un faubourg "ethnique" de Brooklyn ou du Queens, en fait de South Ozone Park, le fief de Gotti et de sa bande.

La suite est fluide. Confortablement installé dans le refuge de la bande, Gotti, élégant et sobrie, distribue des liasses de billets à ses hommes que l'on découvre un à un. Il se présente comme un chef soucieux de ses troupes, il ordonne à celuiVincent Pastore d'arrêter de fumer s'il ne veut pas mourir du cancer.

Les premières minutes sont pédagogiques. Premier coup au plexus : Anthony Quinn (Della Croce) apparaît, crépusculaire, dans un tunnel de lumière au seuil du bar, tout le monde se tait, on se lève, on le salue à distance, pendant que Gotti-Assante se jette dans ses bras et lui donne une accolade appuyée.

La suite est inscrite en lettres d'or dans la Bible du film de mafia, Della Croce est porteur d'un message : "the Old Man" (Carlo Gambino, le parrain de la famille) a besoin du jeune Gotti, le gangster qui monte pour liquider un indélicat. Gotti est introduit devant le big Boss : "Voudras-tu faire ça pour moi ?". Suivi d'un "Je vois un futur pour toi".

Le tempo est donné. Paul Castellano, un parrain de poids, insiste pour que Gotti prenne un de ses hommes avec lui. Gotti préférerait que cela soit son second, Sam Gravano (W. Forsythe), rien à faire, il doit obéir.

La liquidation de l'indélicat se déroule dans un bar au vu des clients, par la faute du dingue que Castellano luii a imposé. Impliqué, Gotti le fait liquider sans demander l'accord de son boss, le film est lancé, de fil en aiguille, Gotti-Assante et Gravano-Forsythe, assassinent Castellano, prennent le pouvoir dans la famille Gambino, s'imposent aux autres familles et transgressent le tabou du trafic de drogue...

Dans ce Gotti de 1996, contrairement à ce que l'on voit dans Le Parrain et ailleurs, on ne revient pas sur l'île Mère sicilienne pour un mariage et il y a plus de rock que d'opéra dans la bande sonore. On n'a plus affaire à une famille Corleone enracinée dans un passé sicilien, mais à "l'American Mafia", titre choisi en 2004 par Thomas Repetto pour son best-seller sur la question. Même si le concept de famille, d'organisation criminelle, de rationalisation de la chaîne de commandement et de concurrence sur le marché au sens capitaliste sont omniprésentes tout au long de la fiction.

A qui tout cela profite-t-il, peut-on se demander ? A la Mafia car John "Teflon" Gotti, un criminel remarquablement interprété par Armand Assante finit par susciter l'empathie. Il se soucie de ses "soldats", il prend parti pour les hommes de terrain contre les "financiers", il triomphe des machinations du FBI, est traîné en justice mais s'en tire et nargue les autorités, idolâtré qu'il est par une foule de fans de son quartier qui célèbrent bruyamment chacun de ses acquittements. Finalement, c'est lui qui apparaît comme le gentil quand son acolyte, l'underboss Sam Gravano, décide de témoigner contre lui et ses anciens complices. Gotti peut alors regretter les temps héroïques où l'omertà était respectée, où les "rats" étaient éliminés sans coup férir, les temps myhtiques où les familles venues du vieux continent, pleines d'humilité et de respect, régnaient sur les bas-fonds peuplés de barbares et de voyous sans morale ni valeurs. Une vision fallacieuse si l'on parcourt l'histoire du crime italo-siculien outre-Océan.

1h 56min | Thriller, 1996 - TV US

De Robert Harmon

Par Steve Shagan

Avec Armand AssanteWilliam ForsytheAnthony Quinn...

Synopsis...

Téléfilm HBO par le réalisateur de Hitcher, tiré d’un livre sur cette figure phare du crime organisé. Le titre même du livre contient l’expression rise & fall, ce qui permet d’emblée d’évacuer ce poncif : on y suit la progression de John Gotti du début des années 70, alors qu’il est déjà investi dans la vie criminelle locale, jusqu’à son incarcération définitive en 1992 en tant que boss de la famille Gambino.


CINQUIEME SEANCE, SECONDE PARTIE :


"La Trahison de Gotti" de 1998 tourné par Thaddeus O'Sullivan.

Si l'on considère que "Little Ceasar" est une préfiguration du film qui évoque la Mafia sans en faire le sujet principal, à l'image du premier "Scarface" (Paglo Larrain, 1932), on peut dire que Les "Parrain" de Francis Ford Coppola et les "fables" de Martin Scorsese ont modelé le genre, permettant à une ribambelle de films et téléfilms d'en exploiter la veine du début des années 70 à  la fin des années 90. Dans le genre, toujours au sujet de Gotti, la star glamour de ces années là, poussons la porte d'un vieux theater movie de Williamsburg ou de Red Hook et visitons "Witness to the Mob", intitulé "La Trahison de Gotti" en français.

Introduction... Brooklyn-Bensonhurst, NY, 1972. Le film de O'Sullivan commence comme un film de gangster : deux jeunes malfrats, Nicholas Turturro (Sam), et Michael Imperioli (Mike), qui allaient tous deux profiter puis pâtir du label "acteurs de mafia", essaient de voler une belle Américaine. Ils tardent à actionner le démarreur, trouvent des bijoux et un masque à bord, sont aperçus par les propriétaires, tentent de fuir, percutent un véhicule à l'arrêt et se font allumer puis arrêter par la police.

Deuxième séquence : Sam-Turturro délivre un prêchi-prêcha en voix off, ce qui fait comprendre au spectateur que le film sera raconté du point de vue de Sam "The Bull" Gravano, petite frappe qui deviendra l'underboss de la famille Gambino.

Troisième séquence : "19 ans plus tard", on retrouve le garçon endossant une salopette orange. A noter que le séjour en prison est un rite initiatique quand on veut devenir un mafieux digne de ce nom, une épreuve qui montre qu'on sait tenir sa langue et demeurer solidaire avec la famille.

Suite : Libéré, Sam nous conduit dans le fief des Rampers, la bande à laquelle il appartient, qu'il décrit "comme un élevage pour la Cosa Nostra". "La question est maintenant de savoir qui serait appelé le premier pour faire partie de la Famille.

Suite : Plongé dans l'atmosphère chaleureuse d'un social-club, on voit défiler un générique à majorité "américaine", "anglosaxonne" et "ashkénaze", ce qui met en évidence l'italianité du premier nom d'acteur apparu (Nicholas Turturro), précédent Debi Nazar et Abe Vigoda, et son acolyte Michael Imperioli. Suit l'incontournable Frank Vincent. Marqueur onomastique italien, le directeur de la photographie s'appelle Frank Prinzi, et un des trois producteurs exécutifs... Robert De Niro !

Deux minutes à peine se sont écoulées lorsqu'apparaît une masse de billets de banque et le visage des Rampers, en train de pasticher des répliques du Parrain de Francis Ford Coppolla, à moins que cela ne soit "Mean Streets" ou "Les Affranchis" de Scorsese.

A 3 mn 20 au prompteur, décharge d'hormones avec l'arrivée d'une bimbo explosive au bras d'un collègue criminel.

Vers les 4 mn, le rendez-vous au Burger du coin avec celle qui va devenir Madame Gravano, un zest de romantisme ne nuit pas, il a beau faire fondre les bébés dans la soude caustique, le  soldat de mafia est capable d'amour.

D'amour mais également d'amitié virile, Sam et son binôme Mike sortent d'une épicerie kasher en parlant de leurs petites amies, celle de Mike est juive. Comme sont juifs les noms des producteurs exécutifs qui accompagnent De Niro dans la production de ce téléfilm : Rosenthal et Epstein – le ciné US et Hollywood ne sont-ils pas nés avec la bénédiction de ses deux sources ethniques de l'identité états-unienne ?

Le noir n'a été fait que depuis cinq minutes quand l'action se précipite, un Tony (Acevedo, qu'on reverra dans "A Thing of Yours" de Provenzano) présente un oncle qui a besoin qu'on liquide un insolent qui lui a manqué de respect. La tractation se noue depuis la portière de la voiture, c'est ok, Sam est partant.

A six minutes on a assisté à l'assassinat de Jo Colucci, l'indélicat installé à la place du passager dans la voiture de Tony, quelques répliques ping-pong au sujet d'un morceau de T-Rex, et pfttt, une balle dans la nuque et un trou creusé dans la nuit. 'Trois ans plus tard, dit la voix off de Sam, j'ai appris que Joe n'avait trahi personne mais que Tony avait des vues sur sa femme, ils se sont mariés peu de temps à prêts."

La suite est cadencée, Sam nous gratifie d'une " Ce que j'ai appris", puis on le voit courtiser une fille nommée Debra, lui promettre monts et merveilles. Il n'est pas du genre "à croupir à Bensonhurst" toute sa vie. Il veut pouvoir dire : "Tu vois le gratte-ciel sur la 56e, c'est moi qui l'ai bâti ! Comme il rapporte gros aux gens qui comptent dans le milieu, Todo Aurello, un boss estimé de la famille Gambino, lui annonce qu'il a été choisi pour entrer dans la hiérarchie, il devra venir au rapport deux fois par semaine...

La suite est Cosa Nostra Vintage. Le boss en pardessus sombre donne une leçon d'échecs au jeune homme. Les pions se sacrifient pour protéger les fous et les cavaliers, dans notre "borgata" ont les appellent des "capi" qui protègent le roi, le roi ne doit jamais être exposés..." Conclusion satisfaite du boss au chapeau et à l'écharpe : "Ca ira, ça ira, il apprendra vite."

Morale de l'affaire, le jeune loup de la Mafia est un ambitieux qui fait carrière comme celui de n'importe quel secteur, de Town Hall à Wallstreet.

La suite ne vous sera pas révélée. Sam, qu'on appelle "La Brute", un soldat redoutable, est aussi un homme d'affaires qui s'attaque au secteur du BTP et fait fortune en rackettant ses partenaires avec l'aide des syndicats. Au pont d'éveiller des jalousies et les soupçons de Big Paul Castelano, qui essaie de se débarrasser de lui. Fidèle à la vérité historique, que l'on connaît grâce aux archives du FBI, Sam s'allie à Gotti qui en fait son lieutenant. L'ascension des deux hommes est sanglante. Ils liquident les uns et les autres, se frottent aux autres familles, finissent par se dresser l'un contre l'autre, jusqu'à la décision de Sam de ne plus jouer les boucs-émissaires et de tout balancer. Comme dans le monde réel, il obtient le statut de témoin assisté après avoir dénoncé la presque totalité des membres de la famille Gambino. La voix off a dès lors beau jeu de pontifier : "Je le savais maintenant, dit Sam repenti après 5 ans de réclusion, toutes nos histoires d'honneur, de loyauté, de fidélité, c'était un ramassis de mensonges. Dans la réalité, c'était un coup de couteau dans le dos après l'autre.... Maintenant il n'y a plus de famille..."

Dans un jeu de ping-pong plein d'amertume, John et Sam se renvoient la balle jusqu'au mot fin : Gotti persiste et signe, il restera fidèle à la morale et à l'honneur. Cosa Nostra jusqu'à la mort... "Comment peut-il (Gravano) se regarder dans la glace après ce qu'il avait fait à sa famille, ses amis..."

Morale de l'affaire : Pris dans cet affrontement bipolaire, le spectateur finit par prendre parti : lequel des deux salauds choisir ? une contamination perverse, une addiction au prochain film de mafia ?

"La Trahison de Gotti" ("Witness to the Mob") est un téléfilm américain réalisé par Thaddeus O'Sullivan et diffusé en 1998.

Casting : Nicholas Turturro, Tom Sizemore, Debi Mazar, Abe Vigoda, Franck Vincent, Frankie Valli, Michael Imperioli, Vincent Pastore....Vincent Pastore (VF : Bernard Métraux) : Mikey De Batt

Synopsis

L'ascension et la chute de Sammy Gravano, membre de la famille Gambino, qui allait devenir le lieutenant du parrain John Gotti, avant de devenir une balance pour le gouvernement et le FBI.

 

Mais laissons Gotti et les Gambino et allons prendre un verre avec le tout petit gars en costard qui ne sucent pas des glaçons au comptoir de Chez Colette, à deux pas du pont de Williamsburg. A son accent et à son costume clair, on comprend qu'il vient de la côté Ouest. Tendons l'oreille...


SIXIÈME SÉANCE : "L.A. CONFIDENTIAL"


Laissons Gotti et les Gambino et allons prendre un verre avec le tout petit gars en costard qui ne suce pas des glaçons au comptoir de Chez Colette, à deux pas du pont de Williamsburg. A son accent et à son costume immaculé, on comprend qu'il vient de la côté Ouest. Tendons l'oreille...

"My name is Sid Hudgens, je suis le patron de "Hush Hush", une feuille de chou à scandale qui fait trembler Los Angeles. Dans "LA., Confidential", un blockbuster des années 90, mon rôle est joué par Danny De Vito, qui est plus petit que moi.  Je m'appelle Sid Hdgens mais je pourrais m'appeler Brad Burrows ("Bas les Masques"), Lou Grant ou Selwyn Raab, les stars de la chronique judiciaire de la fin du XXe siècle.

Pourquoi moi, direz-vous ? Parce qu'à l'instar des privés, des inspecteurs du NYPD ou du FBI, des détectives à la Mike Hammer, des avocats véreux et des juges corrompus, je suis un des sas qui conduit à la pègre, une passerelle en clair-obscur entre la banalité quotidienne  et la criminalité organisée, un homme dont le métier est de s'informer au péril de sa vie, une figure aux fréquentations problématiques, je l'admets, un fouinard, un informateur au service des vérités qui fâchent, celles qui font frémir les honnêtes citoyens et les incite à se jeter sur l'édition du soir de son quotidien favori, pour peu qu'il y trouve en première page un cadavre ensanglanté ou une scandale politico-financier..

Ce n'est pas cool, mais quand on y pense bien, qui d'autre que mes collègues – les charognards, les fouines, les hyènes, les amis des bookies et des call-girls, des jockeys véreux et des boxeurs - pourrait vous guider dans les corridors obscurs qui débouchent dans les social-clubs de Bensonhurst, les Candy Stores du Bronx ou les gratte-ciel de luxe de Madison et Park ?

Si vous ne me croyez pas, jetez un œil sur l'intro de "L.A. Confidential", de Curtis Hanson en 1997. C'est ma voix, celle de Danny De Vito, qu'on entend en voix-off pendant que défilent des images enchanteresses de Los Angeles et d'une Californie de carte postale.

"Venez à Los Angeles ! Le soleil brille fort, les plages sont larges et invitantes, et les orangeraies s'étendant à perte de vue. Il y a du travail, à foison, et la terre est bon marché. Chaque travailleur peut se payer une maison. Et dans chaque maison, il y a une famille américaine heureuse. Oui, vous pouvez avoir tout ça, vous pouvez vous y révéler, devenir une star de cinéma. Au moins en voir une. La vie est douce à Los Angeles, c'est le paradis sur terre...Ha ha ha, c'est ce qu'on vous dit en tout cas..."

C'est ce que le réalisateur me fait dire. La vérité c'est que je suis plus utile dans la lutte contre le crime que ces critins d'inspecteurs de police, tout Russell Crowe et Kevin Spacy qu'ils soient, surtout lorsqu'un certain Mickey Cohen assassine une douzaine de rivaux par an et infeste Hollywood en dirigeant un vaste réseau de prostitution, d'extorsion et de trafics. Des activités que je suis et que je révèle dans "Hush Hysh" "Silence et Discrétion", mon journal.

Si j'ai honte d'épier flics et voyous ? Pas le moins du monde. C'est grâce à moi que le citoyen lambda apprend ce qui se trame dans l'ombre, qu'il se glisse dans le lit de la prostituée de luxe, qu'il passe du hotdog froid au caviar et qu'il assiste aux championnats du monde de boxe des poids lourd depuis les coulisses. Écœurant, immoral ? C'est le prix à payer pour savoir comment la mafia s'y est prise pour entrer en vous à son insu.

 

"L.A. Confidential" ou "Los Angeles interdite" au Québec, est un film policier américain réalisé par Curtis Hanson et sorti en 1997. C'est l'adaptation du roman du même nom de James Ellroy.

Le film met en scène Kevin SpaceyRussell CroweGuy PearceKim Basinger et James Cromwell. L'intrigue se déroule en 1953. La ville de Los Angeles est sujette à une vague de règlements de comptes après la chute du caïd Mickey Cohen.

Synopsis

En 1953, le département de police de Los Angeles cherche à redorer son blason, après des décennies de corruption. Le jeune sergent Edmund Exley, déterminé à faire évoluer sa carrière, vit dans l'ombre de son père. Ce dernier, inspecteur légendaire, a été tué en service mais le meurtrier n'a jamais été identifié. Par habitude, Edmund Exley nomme le suspect avec le nom de « Rollo Tomasi », représentant ainsi tout criminel échappant à la justice. Jack Vincennes, sergent de la brigade des stupéfiants, est quant à lui en quête de célébrité et officie comme consultant sur la série télévisée à succès Badge of Honor. Il collabore régulièrement avec le journaliste à sensation de Hush Hush, Sid Hudgens, pour procéder à des arrestations médiatisées de célébrités.


SEPTIÈME SEANCE : MULBERRY STREET


D'ABEL FERRARA, DOCUMENTAIRE, 2010

Pour aller de Chez Colette à Mulberry Street, il faut franchir le pont de Williamsburg, celui de Manhattan ou celui de Brooklyn, en voiture ou en métro, tout une expédition dans vos souvenirs cinématographiques, un parfum de "Law and Order" ou de "New York, Unité Spéciale ?

Les premières images de "Mulberry Steet", le docu d'Abel Ferrara au cœur de Little Italy disent tout. Un vieil Italo-Américain bichonne la statuette de San Gennaro, le patron de Naples, en l'honneur de qui l'on donne trois jours de fêtes chaque année. Un Vincenzo venu d'Italie qui fait prendre en photo le berceau de son enfant en déclarant au turbulent metteur en scène qu'il est le meilleur. Un chantier de planches et la préparation des stands pour la fête. Un vieil homo qui cherche un "black cock", et Butchie The Hat, un pote à tête de porte-flingue mafieux qu'on a aperçu dans le "King of New York,... un film de Ferrara.

Voilà la ruse. Les visages qui défilent pendant une heure et quelque pourraient appartenir à des soldats affiliés aux 5 familles new-yorkaises de Cosa Nstra. Ou de la Camorrà, puisque Mulberry est une enclave napolitaine.

Le documentaire est brut de décoffrage, la caméra est portée, elle tremble, elle se faufile entre les tables, dans les arrière-salles ; elle épie les cuisiniers indonésiens, les manutentionnaires blacks, le manager de Ferrara, leur entourage, un peu italien, un peu juif selon les idées reçues, parfois irlandais.

Les images sont rusées. Un des amis de Ferrara, replet, joufflu, madré, empoche puis sort une énorme liasse de dollars, se plaint de ce que la San Gennaro n'est plus ce qu'elle était depuis que la mairie a mis la main dessus au prétexte qu'il y avait du favoritisme dans l'attribution des stands et des licences. Avec interdiction des jeux de hasards et un couvre-feu précoce. Résultat de la mainmise municipale : des prix de locations multipiés par 5, avec l'administration, impunie, dans le rôle de l'extorqueur.

Les gars qu'on fréquente dans "Mulberry" ont des gueules, des gueules d'acteurs. Un patron de bar, que l'on rencontre aurait sa place dans les Goodfellas, il est inquiet, mine gênée, bouche tordue, il cherche à savoir qui filme et pourquoi.

La consanguinité saute aux yeux. Les résidents du "voisinage" ont des têtes de gangsters. Ou de comédiens spécialisés dans les seconds rôles de gangsters.

Comme de bien entendu apparaissent les figures estampillées mafia : Danny Aiello, invité pour jouer les crooners que Ferrara amadoue en lui passant un agent pour son dernier disque. Frank Vincent, un de ceux sans qui un film US n'était pas un film de mafia. En dépit du doute, et de la bonhommie électrique de Ferrara, tout cela est chaleureux et Abel ripe de l'objectif quand ça devient trop chaud.

La dernière nuit est consacrée à la Fanfare, qu'ils sont joyeux, ces Italiens ! Qu'y a-t-il de réel dans tout ça ? Que feront ces gens quand Ferrara aura regagner ses pénates ?

Mulberry Street n'est pas n'importe quelle rue. Avec Hester, Baxter, Catherine, elle constituait le fameux quartier des Five Points, qu'une photo fameuse du photographe d'origine danoise Rijs a immortalisé et que l'on voit et revoit dans tant de films situés dans  les années 1900-1920.

"Mulberry Steet", c'est la rue que met en scène "Gangs of New York", où Lucky Luciano, livreur de cartons de chapeaux, se fait arrêter pour trafic d'héroïne à 18 ans. La rue où se trouvait le Ravenite, le nid de guêpe des Gambino au temps de John Gotti, devenu magasin de mode, japonais.

Le rapport avec "le film de Mafia" ? Une page maligne dans le grand livre d'images, le fantôme des fusillades, l'ombre des exécutions et des réminiscences de la Mano Nera du temps de la bande à Morello et Lupo, la première Famille, celle qui pérennisa l'école du crime, avant que Cosa Nostra ne naisse et impose son Etat dans l'Etat...

"Mulberry St."

Documentaire

2010 - 1 h 27 min.

Réalisation : Abel Ferrara

Distribution :Casting : Abel Ferrara, Danny Aiello, Frank Aquilino, Frankie Cee, John 'Cha Cha' Ciarcia, Shanyn Leigh, Jon Levy, Matthew Modine, Gianni Russo, Frank Vincent, Paul Zucker...

Synopsis

Né dans le Bronx et élevé dans l'Etat de New York, Abel Ferrara a commencé sa carrière à Mulberry Street en 1975. Toutes ces années il les a passées dans le bloc et la Fête de la Ssan Gennaro est le sujet de ce documentaire.

Nous sortons à peine d'un Cinema theater tout proche de Hester Street, jadis un des Five Points, et je vous invite à remonter Broadway dans sa partie inférieure, la circulation étant engogrée, prenons un Yellow Cab et demandons-lui de nous remonter jusqu'à la 14e rue tout près de Union Square...


HUTIÈME SÉANCE : "BEAU JAMES", LE MAIRE CROONER


Que la projection de la sixième séance ait lieu dans un multiplex vintage du Lower East Side ou sur votre home cinéma, elle mérite que nous la passions au marbre, Car dans le parcours initiatique Spécial Fim de Mafia nous tenons à mettre en évidence les longs métrages où le Crime Organisé reste tapi dans l'ombre, qu'il y tienne par nature ou que les auteurs des films qui les mentionnent estiment plus prudent de ne pas la mettre en cause...s

"Beau James" est une comédie qui raconte "l'histoire vraie" de Jimmy Walker qui fut maire de New York de janvier 1926 à septembre 1932. Une comédie qui raconte l'ascension d'un bellâtre interprété par Bob Hope, le George Clooney de l'époque. Une comédie dans la comédie puisque la balade "M'aimerez-vous en décembre, comme vous m'aimez en mai", est un air qu'il interprétait en public chaque fois qu'il était de sortie, c'est-à-dire à peu près tous les soirs...

L'entrée en matière de "Beau James" est classique, "M'aimerez-vous" nous accompagne jusqu'à la sortie d'une voiture de luxe où, élégant à l'anglo-saxonne, le futur maire de la Grosse Pomme refuse de confirmer sa candidature pour le parti démocrate. Quelques instants plus tard, une éminence grise du Parti, membre de la machine électorale qu'on appelait Tammany Hall, le met en présence de son épouse, qui, séparée de corps d'avec son époux, lui annonce qu'elle se sacrifiera pour sa carrière en dépit de son infidélité chronique.

La figure de Jimmy Walker, qui démissionnera à la suite d’un scandale financier dont il sera la victime plus que le bénéficiaire, est emblématique du miroir aux alouettes mis à profit par les bénéficiaires légaux et illégaux de la Prohibition (1920/1933). Amoureux d'une danseuse qui s'inquiète pour lui, c'est un gentil qui offre des fleurs aux mamies dans la rue et, quasiment socialiste, se déclare en faveur de l'intérêt général, contre les profiteurs ; bon, il ne boit pas que de l'eau, il s'endort sur les bancs publics pour cause de nuit blanche, ce qui ne l'empêche pas de courir le bulletin de vote en chantant en italien dans les quartiers italiens, en dansant le tip-tap avec une gosse noire à Harlem, de s'égosiller en allemand et de se ridiculiser devant un parterre d'émigrés de l'Est de l'Europe en les confondant les uns avec les autres. Plus intéressant, un clou du film avec la love-story, est ce duo avec Jimmy Durante, star italo-américaine du music-hall qui donne à voir la corruption de ses policiers pendant qu'une bande de malandrins rackettent le bourgeois dans son dos. Walker mal à l'aise alors que court le bruit qu'il va quitter la ville pour l'Europe avec sa danseuse ? Pas le moins du monde, élégant en diable, il interprète "East Side West Side", un blockbuster ces années-là et c'est dans la plus pure tradition de la comédie américaine que son tour de force s'achève sous les applaudissements des personnalités convoquées pour un Gala électoral.

Le réalisateur, suivant le livre éponyme écrit par un ami, ne lésine pas côté symbole. Walker est du côté des petites gens et des pauvres. Hélas pour lui, le moment qu'il choisit pour donner dans le social contre l'avis de ses conseillers, tombe en plein Krach de Wall Street et la fin de sa mandature est marquée par une commission d'enquête qui met en évidence l'influence du crime organisé italo-sicilien dans le BTP et les appels d'offre. Tout cela vient en renfort de notre thèse. La volonté de Jimmy de ronronner avec sa danseuse et d'ignorer ce qui se passe dans son dos, sert à dissimuler la collusion entre Tamanny Hall (le Parti démocrate) et les rois du crime, collusion Italian-friendly suggérée par l'apparition de Jimmy Durante, sorte de Maurice Chevalier italo-américain et préfiguration du "rat pack" ou de Tommy Bennett, dont l'emploi récurrent dans les films de mafia est un des marqueurs. Simple supputation ? On ne le croit si l'on se rappelle que la sortie de cette bluette bonbon fondant date de 1957, l'année la Commission de Cosa Nostra à Palerme (voir Lucky Luciano de Rosi), de la rencontre entre Luciano, sa famille et les autres familles mafieuses à La Havane, mais surtout de l'année de Appalachin, où, la police de l'État capture la quasi-totalité des parrains de Cosa Nostra et de leurs complices. L'affaire fait grand bruit au point qu'Arslinger, le boss de la lutte anti-narcotiques, triomphe de Hoover qui prétend qu'il n'y a jamais eu de Mafia et qu'il s'agit d'une invention des journalistes que les criminels mettent à profit pour terroriser la population. Qu'il n'y ait aucune allusion à ces familles organisées comme des sociétés anonymes ou comme une armée, signe la puissance occulte de la Commission qui noyautait le syndicat des projectionnistes, des figurants et avait investi dans les majors à partir d'Hollywood, tel qu'on le voit dans les ouvrages évoquant les figures de George Raft, Lana Turner ou "L.A. Confidential". Ajoutons que la disparition de Walker de la vie publique correspond avec la fin de la Prohibition et avec l'avènement de F. D. Roosevelt et de Fiorello LaGuardia (père italien mère juive), un maire Républicain (1934-45) décidé à lutter contre la corruption et les liaisons dangereuses de l'administration avec Cosa Nostra, LaGuardia, un fils du peuple ancien conseiller du 14e District (Williamburg) qui combattra fera la une des journaux un masse à la main dans un parc de bandits manchots. Rien de tout cela dans le biopic d'un de l'auteur du "Tu m'aimeras en novembre...". Sans doute parce que Gene Fowler et le réalisateur Shavelson étaient de bons amis du vrai Jimmy...

"Beau James" est un film dramatique américain dirigé par Melville Shavelson avec Bob Hope, Vera Miles, Paul Douglas et Alex Smith. Le film est tiré sd'un livre de non fiction éponyme de Gene Fowler. Le film montre Bob Hop dans l'un de ses rares rôles drmatique, en Jim Walker, le pittoresque mais controversé maire de New york de 1926 to 1932.

Synopsis

Sur l'instigation du gouverneur Walter Catlett, James-J. Walker porte sa candidature à la mairie de New York en 1925. Il est élu, ce qui l'oblige à se rapprocher de sa femme dont il était séparé. Walker, inconstant, ne tarde cependant pas à s'engager dans une nouvelle aventure. Le peuple oubliera la liaison de son premier magistrat avec une chanteuse de cabaret et l'élira de nouveau. Walter se retirera avant d'être destitué. Était-il vraiment un honnête homme ?

 


NEUVIÈME SÉANCE : "MARQUÉ PAR LA HAINE"...


LE MONDE FEROCE Et TROUBLE DU BOXING BUSINESS

"Marqué par la haine", de Robert Wise (1956), avec Paul Newman, Pier Angeli et Everett Sloane. Titre anglais "Someboy Up there likes me" (quelqu'un là-haut m'aime).

"Marqué par la haine" est le parangon des films de boxe, l'origine des Rocky de Sylvester Stallone (Babello pour Bilboa et des comédiens aux limites de la copie conforme du film original), n'a rien d'un film de mafia mais il en dit long sur l'algorithme du rêve américain exalté par le journaliste écrivain Horatio Alger : un homme tout au bas de l'échelle, résistant et survivant par sauvagerie qui compense un départ bancal dans la vie, passe par un enfer et se rachète par défi et pour les beaux yeuux d'une femme avec le soutien d'un aîné, dans ce cas un manager de boxe (on pense à "Rocky" mais également à "Ten Million Dollars Baby" de Clint Eastwood et à bien d'autres films "inspirés de faits réels."

Dans le cadre de notre Movie Tour, le plus intéressant tient aux très légères allusions esquissées à la présence mafieuse qui se manifeste par l'intermédiaire d'un compagnon de détention du héros qui tentera de le forcer à truquer un combat contre la coquette somme de 100 000 dollars, chantage mis en scène en présence de deux patibulaires en costume croisé et Borsalino.

La grille du film de Roert Wise est classique : sur le modèle répertorié pr Elizabeth George, la best-seller du thriller US : L'Ascension du héros, une version gagnante du Chemin de Croix du Sauveur. Rocky Balbella, qui se fait appeler Graziano ("Comme la marque de chianti" ? lui fait son mentor juif en luii promettant qu'il sera l'Italien le plus connu du monde "après Michel Ange et Frank Sinatra."

En guise d'ascension vers la gloire, le fils d'un quartier de Little Italy se fait corriger par son père, un boxeur raté ; devient une racaille des rues ; finit en maison de correction, puis en prison, il s'engage dans l'armée, déserte et vit d'expédients plutôt violents.

Contrairement aux petits "Macarons", juifs et irlandais qui seront repérés par un mafieux de quartier comme les Noodle et Max de Sergio Leone, Paul Newman-Graziano est un anar, l'autorité et les bonnes mœurs l'insupportent, il est l'Indien-Contraire de "Little Big Man". Au point de refuser d'améliorer sa technique, de craindre le charme de sa future épouse, de braver les règles des Fédérations de boxe et de filer prendre une glace chez son pote new-yorkais Benny, la veille de son premier championnat du monde. Pas de place pour une telle tête brûlée dans la Cosa Nostra.

Ce qui est plus troublant, en filigrane, c'est que "Marqué par la haine" sort cinq ans après les auditions de la Commission Kefauver sur la Mafia, un "reality show très réel" que des dizaines de millions d'Américains ont suivi en direct, mais surtout après le scandale Primo Carnera, dit le Doux Géant, que la Mafia a poursuivi de ses assiduités, mettant en évidence les innombrables matchs de boxe truqués, source de profit pour les parieurs à tous les niveaux.

En quoi ce film mérite-t-i de faire partie de notre "trip" ?

Parce qu'il nous transporte dans l'environnement urbain et mental qui a favorisé le succès du crime organisé dans les quartiers dit "ethniques". Rocky est violent, dévasté et dévastateur, pris entre l'amour inconditionnel de sa mère et la frustration alcoolisé de son père, mais il est surtout pauvre. Il dit ne pas aimer la boxe, il combat pour l'argent, ne vut pas faire carrière. Pris en main par la figure paternelle de son manager, il s'en sort grâce à une jolie juive, ce qui met en évidence l'osmose qu'il y a pu y avoir dans les quartiers à risque entre les émigrations italienne, yddish mais également irlandaise ; pour s'en convaincre il suffit de mentionner les affiches de boxe et les titres de journaux choisis par Robert Wise et son équipe (c'est un marqueur de ce genre, les gangsters, les policiers, les détectives, les journalistes, les écrivains sont d'origines mélangées comme Jimmy Conway dans "Les Affranchis" ou Ray Liotta dans "The Valachi Paper".

Que dire de plus à partir de "Marqué par la Haine" ? Que le code Hayes contraignant la morale et les bonnes moeurs finissent par l'emporter contre le mythe de la criminalité triomphante.

A noter que Rocky Graziano a vraiment existé et que le script de son autographie et la réalité historique – sont fidèlement retracés, Paul Newman ayant remplacé James Dean dans le rôle-titre après le décès accidentel de ce dernier. Un Paul Newman formidable et crédible, dans un film noir de boxe qui fera d'innombrables petits (A noter la première apparition de Steve McQueen, dans un rôle pour le moins éphémère).

Cela dit, quittons la salle d'art et d'essai du Lower East Side, 10e rue, Avenue A, et gardons en tête le cadre de l'action avec le Pont de Manhattan en toile de fond comme dans "Il était une fois" de Leone, les "tenements" de brique où grouillent les pauvres, les policiers irlandais qui courent le petit délinquant et surtout la fierté des Italo-Américains de Little Italy lorsque "Rocky", le gosse du quartier, triomphe au nez et à la barbe des supporters de Tony Zale, un blanc bien blanc en provenance de Pologne... Tout cela au bénéfice des familles italo-siciliennes qui se servent de la popularité de Rudolph Valentino, du ténor Caruso, du boxeur Primo Carnera, d'un autre Rocky, Rocky Marciano, et bien entendu de Franck Sinatra et de Di Maggio, la star du baseball qui épousera Marilyn Monroe. "Italia is beautiful" en somme, et la Mafia ne se prive pas de le rappeler aux États-uniens "sans Histoire".

Synopsis

Rocky Barbella grandit à New York à la fin des années 1930, au sein d'une bande de petits délinquants. Déserteur de l'armée américaine, il intègre la salle d'un manager de boxe. Repris par les autorités, il est incarcéré dans une prison militaire. Cette forte tête est prise en main par un sergent qui lui fait comprendre qu'il a de l'or dans les poings et qu'il devrait utiliser sa force et son courage pour devenir un vrai boxeur.

17 avril 1957 en salle | 1h 52min | Drame

De Robert Wise - Par Ernest Lehman

Avec Sal Mineo, Eileen Heckart, Paul Newman

Titre original Somebody up There Likes Me

Quittons à présent les rings et ses odeurs de vieilles sueurs, et prenons place au coeur de Broadway entre chapeaux mous, gloss et jambes interminables...


DIXIÈME SÉANCE : THE VALACHI PAPERS – 1972

 

Directed by Terence Young. With Charles Bronson, Lino Ventura and Jill Ireland. The Valachi Papers


S'il fallait choisir un film révélant avec le plus de soin et des sources avérées le phénomène de "la" Mafia, une appellation fallacieuse tant elle est protéiforme et mutable, on choisirait "The Valachi Papers" et pourtant ,le film de Terence Young, sorti la même année que le "Lucky Luciano" de Francesco Rosi; n'est pas "un film de mafia si l'on prend les "Parrain" de Francis Ford Coppola comme aune incontestable..

"Tha Valachi Papers" de Terence Young ne raconte pas la saga d'une famille de Siciliens imaginaires (les Corleone), son passé idéalisé, son implantation en Amérique, son adaptation au capitalisme sauvage et à l'écosystème anglo-protestant, ses conflits avec les autorités et la concurrence criminelle ; sa lente transformation et son entrée dans l'univers post-moderne - mais l'histoire sourcée et avérée d'un petit criminel "adopté" par Vito Genovese, le rival de Luciano, qui lui offre une place de chauffeur (de volant, dit-on dans l'argot de la pègre) ; parraine son mariage avec la fille d'un mafieux éminent et lui permet de rentrer dans "la famille" après serment.

Ce petit criminel, Joseph Valachi, né dans l'East New York d'une famille napolitaine, s'il n'est pas un boss, a fait partie du gang des Minutemen avant de créer sa propre bande. Personnage intermédaiire, il monte dans la hiérarchie en tuant sur gages et finit par en savoir assez long pour que Genovese (interprété par Lino Ventura) revenu de Sicile, le soupçonne de vouloir le trahir dans un contexte de guerres internes et de concurrence féroce se référant au tout nouveau  trafic de stupéfiants.

Mis sous pression par un agent spécial du FBI, puis par la justice, Valachi, interprété par Charles Bronson, se sentant en danger de mort et craignant pour la vie des siens, craque et cède aux pressions de l'enquêteur du FBI qui l'amène à confesser ce qu'il sait et à dénoncer des dizaines de membres de sa famille criminelle.

Là où le film va au-delà du divertissement et de l'entretien de la flamme maléfique de la Mafia, c'est qu'il s'appuie sur de vrais dossiers criminels (FBI, Commission du Sénat) et sur le témoignage du principal intéressé, transformés en livre à succès par le Sénateur Bob Kennedy qui, en pleine croisade anti-mafia, a commandé une biographie au journaliste Peter Maas qui en fera le bestseller que Dino de Laurentis, le producteur napolitain, demandera à Terence Young de transformer en long métrage.

C'est la structure de ce biopic évoqué par le premier repenti de l'histoire de la mafia qui donne à "Costa Nostra" (le titre français) sa valeur pédagogique. Car Valachi, cuisiné en direct télévisé par les Sénateurs est amené à dire ce qu'il sait du fonctionnement de l'American Mafia : la cérémonie de l'image du saint brûlé dans le creux de la main, le symbole du pistolet et de la dague, la loi du silence, l'organisation "romaine" des familles : le boss, l'underboss son lieutenant, le conseiller, les chefs et leurs soldats : la répartion des territoires entre les 5 familles, l'existence d'une Commission qui arbitre les conflits dans tout le pays, ainsi que le nom, les surnoms et la spécialité d'une grosse centaine de membres des différentes branche de cette pieuvre criminelle.

Les auditions de la commission sénatoriale dirigée par le Sénateur Mc Leland, comme celles de la comission Kefauver dix ans plus tôt, remporte un énorme succès... télévisuel. L'Amérique – à qui l'on a fait croire que la Mafia était une fable mise en scène par les médias et le racisme anti-italien - découvre qu'elle a été corrompue de l'intérieur par une organisations incroyablement efficace.

L'autre atout maître des "Valachi papers", tent à la manière dont Trerence Young exhibe l'hyper violence des criminels de ce temps-là. La scène de l'émasculation du meilleur ami de Valachi lue dans les yeux avant qu'apparaissent une lame ensanglantée, est difficilement soutenable. Ce qui donne à penser quand on se rappelle à la pudeur en la matière des Parrain. Montrer ou ne pas montrer l'horreur est un marqueur dans ce cinéma de genre. Des évitements de Coppola à l'hyperviolence de "Pulp Fiction", on ménage les criminels et leurs pratiques. Quand sortira le film qui fera des tortionnaires de "Murder Inc." des héros sympathiques ? Qui osera une "Candystore Story" flattant le sadisme de la kasher nostra au service des frères Anastasia et des gangs judéo-italiens ?

Là où le miroir Valachi est déformant, c'est lorsque cet affranchi, bien informé mais de second rang (il n'assiste pas aux réuunions de la Commission suprême) parle le premier de "cosa nostra", "thing of ours", "nos affaires", autrement dit "nos oignons" ; et que le FBI puis les Sénateurs en font le substantif conceptuel de : "la Cosa Nostra" (Souce Salvatore Lupo, Dickie, Raab) ; sobriquet qui cristallise l'opinion public et devient l'arbre qui cache la forêt, l'organisation réelle étant bien plus anarchiques, mutables et conflictuelle que sa présentation militaire sous forme d'organigrammes envahissant que les "unes" de journaux, les murs des salles d'interrogatoire et les écrans de quartiers ne le laisse supposer. Une fois de plus, grâce à la puissance des mass-médias, du showbiz et de la culture Pop, aiguillonnée par la presse hard-boiled, l'l'American Mafia sera parvenue à impressionner l'opinion, même si, à court terme, la trahison de Valachi, premier membre de la famille à avoir brisé la loi du Silence, provoqua la chute des Genovese et de tout un pan de la criminalité organisée dans les années 60.

Côté présence italienne au générique, un autre marqueur efficace, on remarque que la distribution de ce film-là est mixte. Que le jeu figé de Bronson n'a pas grand-chose de latin. Que Lino Ventura, italo-français de Parme, a la tête de l'emploi mais qu'il ne fait pas états-unien pour autant. Le label Italia est en reanche garanti par le producteur (Dino De Laurentis) et par les acteurs transalpins qu'il met à l'affiche : Guido Leontini, Amedeo Nazzari, Fausto Tozzi, Pupella Maggio et Angelo Infanti, auxquels il faut ajouter les hommes des arts de la scène où les compatriotes du producteur excellent : éclairagiste, maquilleurs, décorateurs et consorts, le film ayant été tourné à New York mais également en studio à Rome.

On pourrait ajouter à cela que la sortie du film a été accélérée de manière qu'il bénéficie du succès planétaire du premier Parrain de Coppola, un vrai "film de mafia" quant à lui dont Bronson (jaloux ?) déclarera que c'était le puis mauvais film de gangsters qu'il n'ait jamais vu.

N'en reste pas moins ce conseil : "Cosa Nostra" (titre français) est un précis de vraie histoire de la guerre des Castellamresi aux prémices de sa première mort annoncée..

Synopsis

Au pénitencier fédéral d'Atlanta, un prisonnier vieillissant, Joseph Valachi, est emprisonné pour trafic d'héroïne. Son patron, Don Vito Genovese, parrain de la famille du même nom, est aussi emprisonné là-bas. Genovese est certain que Valachi est un informateur et lui donne le baiser de la mort. Valachi tue par erreur un codétenu qu'il pense à tort être à la solde de Genovese. Averti de l'erreur par des agents fédéraux, Valachi devient un informateur, le premier dans l'histoire de la mafia.

(A SUIVRE SUR LE FACEBOOK DE MARIO ABSENTÈS MORISI)

https://www.facebook.com/marioabsentesmorisi/

Mis à jour ( Lundi, 06 Avril 2026 08:32 )